Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Il partit alors, et ‘Alî (1) tarda à me rejoindre. Puis il vint à moi et je lui dis : « Qu’est-ce qui t’a retenu ? » Il répondit : « J’ai rencontré un homme qui prétend que Dieu l’a envoyé sur ta religion. » Je demandai : « Que disent les gens de lui ? » Il dit : « Ils affirment qu’il est poète et magicien [et devin]. » (Ce Anīs (Unays) était poète.) Il poursuivit : « J’ai entendu ce que disent les devins, et ses paroles ne ressemblent pas aux leurs. J’ai confronté ses propos aux différentes métriques de la poésie, et, par Dieu, personne ne peut prétendre que ce soit un poème. Par Dieu, il est véridique, tandis qu’eux mentent. »

Je lui dis alors : « Pourras-tu me remplacer (3) afin que je parte [examiner la situation] ? » Il répondit : « Oui, mais prends garde aux gens de La Mecque, car ils nourrissent déjà pour lui de l’hostilité et de la haine. » Ainsi, je me mis en route jusqu’à arriver à La Mecque. J’abordai l’un d’entre eux et lui dis : « Où est cet homme que l’on qualifie de “sabi” (renégat) ? » Aussitôt, il me le désigna. Les gens de la vallée se ruèrent alors contre moi avec des mottes de terre et des os, au point que je tombai inconscient. À mon réveil, j’étais couvert de sang, comme si j’étais un poteau teint de rouge. Je me rendis à la source de Zamzam, en bus, me lavai du sang, puis j’entrai entre la Ka‘ba et ses voiles. Ô fils de mon frère, j’y demeurai trente jours et trente nuits, sans autre nourriture que l’eau de Zamzam. Je grossis au point que les plis de mon ventre se brisèrent (6), et je ne ressentis aucune faiblesse due à la faim (7).

Une nuit, alors que la lune était pleine et très lumineuse (8), Dieu fit tomber un profond sommeil sur les habitants de La Mecque. Personne ne tournait autour de la Maison (la Ka‘ba), hormis deux femmes qui invoquaient Isāf et Nā’ila. Je leur dis : « Mariez donc l’une à l’autre ! » Mais cela ne les dissuada pas (10). Elles revinrent vers moi et je leur répétai la même chose, tout en constatant qu’elles étaient telles des morceaux de bois ; pourtant, je ne m’appuyai pas sur elles. Elles partirent en se lamentant : « Si seulement quelqu’un de nos hommes se trouvait ici ! »

C’est alors que le Messager de Dieu — que la prière et la paix de Dieu soient sur lui — et Abou Bakr, qui descendaient de la montagne, les croisèrent. Il leur demanda : « Qu’avez-vous ? » Elles répondirent : « Le “sabi” (l’homme renégat) est près de la Ka‘ba. »

(1) « راث » : c’est-à-dire plus lent. Sharah al-Nawawi sur Sahih Muslim (16/28). (2) « أقراء الشعر » : c’est-à-dire ses modes et ses types. Même source précédente. (3) Dans le hadith : Katmi, attesté par Ṭ et Musnad Aḥmad. (4) Dans le hadith, Ṭ : « شنعوا » ; attesté par Musnad Aḥmad et al-Nihāya (shnf/2/505), disant à propos de l’islam d’Abū Ḍar : « Ils l’ont shanfū » c’est-à-dire ils l’ont détesté. Dans Musnad Aḥmad : ‘‘‘Afān a dit : shifū lahu ; Bahz a dit : sabaqū lahu ; Abū al-Naḍr a dit : shafū lahu.’’ (5) Cela signifie que j’ai regardé le plus faible d’entre eux et lui ai demandé, car le faible est généralement en sécurité face à la sanction. Sharah al-Nawawi sur Sahih Muslim (16/28). (6) « العُكَن » : les renflements de graisse sur le ventre, au singulier : ‘ukna. Al-Lisān (ʿAkan). (7) « سخفة » : avec un sīn ouvert, omis, ou fermé sur la lettre khaʾ pointue ; cela signifie la faiblesse causée par la faim, sa maigreur et sa légèreté. Sharah al-Nawawi sur Sahih Muslim (16/28,29). (8) « إضحيان » : qui illumine, on dit aussi : nuit d’Idḥiyān et Idḥiyāna. Sharah al-Nawawi sur Sahih Muslim (16/29). (9) Dans le hadith : « وصرت على أسحمه », dans Ṭ : « وضرب على أشحمة » ; attesté par Musnad de l’imam Aḥmad et al-Nihāya (ṣmk/3/52). À ce propos : c’est un pluriel rare de ṣimākh, le trou de l’oreille, parfois prononcé avec un sīn, c’est une variante de Muslim signifiant que Dieu les a endormis. (10) Dans Sahih Muslim : « فما تناهتا عن ذلك ». (11) Al-Nawawi dit dans son Sharah de Sahih Muslim (16/29) : Al-hunna et al-hinna avec un noun allégé est une métaphore signifiant « tout », le plus souvent utilisé pour désigner le vagin et le phallus ; il leur dit : « Et comme le bois au sexe », voulant désigner par là une insulte à Isāf et Nāʾila et la colère des mécréants à ce propos.
فانطلق، فراثَ عليّ (١) ، ثم أتاني فقلت: ما حبسك؟ قال لَقيتُ رجلًا يزعُم أنَّ الله أرسله على دينك، قال: فقلت ما يقولُ الناسُ له؟ قال: يقولون إنه شاعرٌ وساحر [وكاهن. قال: ] وكان أُنيس شاعرًا. قال: فقال: لقد سمعتُ الكُهَّان، فما يقولُ بقولهم، وقد وضعتُ قولَهُ على أَقْراءِ الشعر (٢) ، فوالله ما يلتئم لسانُ أحدٍ أنَّهُ شعر، ووالله إنَّه لصادق وإنهم لكاذبون. قال: فقلت له: هل أنت كافيَّ (٣) حتى أنطلق [فأنظر] ؟ قال: نعم، وكنْ من أهل مكةَ على حَذَر، فإنهم قد شَنِفُوا له (٤) ، وتجهَّموا له. قال: فانطلقتُ حتى قدمتُ مكة فتَضعَّفْتُ رجلًا منهم فقلت (٥) : أين هذا الرجل الذي يدعونه الصابئ؟ قال: فأشار إليّ، فمالَ أهلُ الوادي عليَّ بكلِّ مَدَرَةٍ وعَظْم، حتى خرَرْتُ مغشيًّا علي، فارتفعتُ حين ارتفعت كأني نُصُبٌ أحمر، فأتيتُ زمزم فشربْتُ من مائها، وغسلتُ عني الدم، ودخلتُ بين الكعبة وأستارها، فلبثت به يا بن أخي ثلاثينَ من بين يومٍ وليلةٍ، ما لي طعامٌ إلا ماءُ زمزم، فسمِنْتُ حتى تكسَّرت عُكَنُ بَطْني (٦) ، وما وجدتُ على كَبْدي سَخْفَةَ جُوع (٧) قال: فبينا أهلُ مكة في ليلةٍ قمراءَ إضْحِيان (٨) ، وضرب الله على أصْمِخةِ (٩) أهل مكة، فما يطوف بالبيت غيرُ امرأتين، فأتتا عليَّ وهما تدعوان إساف ونائلة. فقلت: أنكِحوا أحدَهما الآخر: فما ثناهما ذلك (١٠) ، [قال: فأتتا عليَّ] فقلت: وهن (١١) مثلُ الخشبة، غيرَ أنِّي لم أركن. قال: فانطلقتا تولولان وتقولان: لو كان ها هنا أحدٌ من أنفارنا. قال: فاستقبلهما رسولُ الله ﷺ وأبو بكر وهما هابطان من الجبل فقال: "ما لكما" فقالتا: الصابئُ بين الكعبة
(١) "راث": أي أبطأ. شرح النووي لصحيح مسلم (١٦/ ٢٨). (٢) "أقراء الشعر": أي طرقه وأنواعه. المصدر السابق. (٣) في ح: كاتمي، والمثبت من ط ومسند أحمد. (٤) في ح، ط: شنعوا، والمثبت من مسند أحمد والنهاية (شنف/ ٢/ ٥٠٥) وفيه: في إسلام أبي ذر: فإنهم قد شنفوا له. أي أبغضوه. وفي مسند أحمد: وقال عفان: شيفوا له، وقال بهز: سبقوا له، وقال أبو النضر: شفوا له. (٥) يعني نظرت إلى أضعفهم فسألته، لأن الضعيف مأمون الغائلة غالبًا. شرح النووي لصحيح مسلم (١٦/ ٢٨). (٦) "العُكَن": الأطواء في البطن من السِّمَن، واحدتها: عُكْنة. اللسان (عكن). (٧) "سخفة": هي بفتح السين المهملة وضمها وإسكان الخاء المعجمة؛ وهي رقة الجوع وضعفه وهزاله. شرح النووي لصحيح مسلم (١٦/ ٢٨، ٢٩). (٨) "إضحيان": مضيئة، ويقال: ليلة إضحيان وإضحيانة. شرح النووي لصحيح مسلم (١٦/ ٢٩). (٩) في ح: وصرت على أسحمه، وفي ط: وضرب على أشحمة، والمثبت من مسند الإمام أحمد والنهاية (صمخ/ ٣/ ٥٢) وفيه: هي جمع قلة للصِّماخ، وهو ثقب الأذن، ويقال بالسين، وهي رواية مسلم أي أن الله أنامهم. (١٠) في صحيح مسلم: "فما تناهتا عن ذلك". (١١) قال النووي في شرح صحيح مسلم (١٦/ ٢٩): الهنُ والهنة بتخفيف نونهما هو كناية عن كل شيء، وأكثر ما يستعمل كناية عن الفرج والذكر، فقال لهما: ومثل الخشبة بالفرج، وأراد بذلك سب إساف ونائلة وغيظ الكفار بذلك.

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