Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

« Je la proclamerai au milieu d’eux. » Il partit donc et se rendit jusqu’à la mosquée, puis s’écria de toute sa voix : « Je témoigne qu’il n’y a pas d’autre dieu que Dieu et que Muḥammad est le Messager de Dieu. » Aussitôt, [les gens] se levèrent contre lui et le frappèrent jusqu’à le mettre à terre (1). Alors ʿAbbās s’approcha de lui et s’inclina sur lui en disant : « Malheur à vous ! Ne savez-vous pas qu’il fait partie de [la tribu de] Ghifār et que la route de votre commerce passe par le Shām (la Syrie) ? » Il le sauva donc de leurs mains. Le lendemain, il revint faire la même proclamation ; ils le frappèrent de nouveau et se jetèrent sur lui, et ʿAbbās le protégea encore.

C’est la formulation rapportée par al-Bukhārī. Son récit de conversion à l’islam est exposé en détail dans le Ṣaḥīḥ de Muslim (2) et ailleurs. L’imām Aḥmad (3) a rapporté : « Yazīd ibn Hārūn nous a relaté (d’après Sulaymān ibn al-Mughīra, lui-même d’après Ḥumayd ibn Hilāl, d’après ʿAbd Allāh ibn al-Ṣāmit) qu’Abū Dharr a dit :

“Nous quittâmes notre peuple, les Ghifār — qui ne respectaient pas le caractère sacré du mois interdit —, moi, mon frère Unays et notre mère, et nous voyagions jusqu’à ce que nous nous arrêtâmes chez un oncle maternel qui possédait des biens et jouissait d’un certain prestige. Il nous traita avec honneur et nous combla de ses bienfaits. Or, son entourage nous jalousa et lui dit : ‘Lorsque tu quittes ta famille, c’est Unays qui prend ta place auprès d’eux.’ Alors notre oncle vint nous rapporter ce qu’ils lui avaient dit (4).

Je lui dis : ‘Quant à tes bienfaits passés, tu les as ternis, et il n’y a plus rien qui nous unisse désormais (5).’ Nous rassemblâmes alors notre troupeau (6), nous le chargeâmes et notre oncle se couvrit de son vêtement et se mit à pleurer. Nous mîmes le cap jusqu’aux abords (7) de La Mecque. Là, Unays mit en pari notre troupeau (8) et un équivalent du même nombre, puis ils allèrent trouver un devin pour les départager ; le devin donna gain de cause à Unays. Celui-ci revint donc avec notre troupeau et un autre du même effectif.

Pour ma part, ô fils de mon frère, j’avais déjà accompli la prière, trois ans durant, avant de rencontrer le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue). Je lui demandai : ‘Pour qui priais-tu ?’ Il répondit : ‘Pour Dieu.’ Je dis : ‘Et vers quelle direction t’orientais-tu ?’ Il répondit : ‘Là où Dieu me dirigeait.’ J’accomplissais la prière de la nuit, puis, vers la fin de celle-ci, je m’étendais comme un vêtement sans consistance (9) jusqu’à ce que le soleil se lève haut dans le ciel.

Alors Unays me dit : ‘J’ai une affaire à régler à La Mecque ; laisse-moi (10) et je reviendrai te rejoindre.’ Puis il partit…”

(1) Dans al-Bukhārī : « Ils lui ont fait mal ». Ce qui est entre crochets est extrait de là. (2) Ṣaḥīḥ Muslim (2473) : Les mérites des Compagnons, chapitre sur les mérites d’Abū Ḍarr. (3) Dans son Musnad (5/174) : ce qui suit entre crochets est de là. (4) Dans le Musnad d’Aḥmad : « Il a rapporté ce qui lui a été dit », et dans al-Nihāya (Natḥī / 5/16) : « Il a rapporté à nous ce qui lui a été dit », c’est-à-dire qu’il nous l’a fait connaître et nous l’a raconté. (5) C’est-à-dire : « Nous n’avons pas d’union ». Al-Nihāya (Jamʿ / 1/297). (6) « aṣ-Ṣirma » : un groupe de chameaux, entre dix et une douzaine. Il est dit : davantage, jusqu’à cinquante. Lissān al-ʿArab (Ṣarmac). (7) C’est-à-dire « à proximité », al-Ḥaḍra désigne la proximité. Le terme de l’imām Aḥmad et de Muslim est « bi-ḥaḍrat ». (8) Cela signifie : ils font un pari l’un avec l’autre pour savoir qui est le meilleur. La mise en gage était une ṣirma de l’un contre une ṣirma de l’autre ; celui qui remportait les deux ṣirmas était le gagnant. Ils s’adressèrent à un prêtre qui déclara Anīs meilleur, c’est-à-dire que « khayr Anīs » signifie « il fait le choix, il est le meilleur ». C’est ce qu’a dit an-Nawawī dans son commentaire de Ṣaḥīḥ Muslim (16/27). Dans al-Nihāya (Nafir / 5/93) : dans le hadith d’Abū Ḍarr, « Nāfir mon frère est Anīs tel ou tel poète », et « tanaffara ar-rijālan » signifie qu’ils se défièrent puis qu’un tiers jugea lequel avait la meilleure poésie. (9) « al-Khifāʾ » : le vêtement, toute chose servant à couvrir quelque chose est appelée khifāʾ. Al-Nihāya (Khaffā / 2/57). (10) C’est ainsi dans Ḥ, Ṭ et dans le Musnad d’Aḥmad ainsi que dans Ṣaḥīḥ Muslim : « Fākifnī ».
لأصْرُخَنَّ بها بين ظَهْرَانَيْهم. فخرج حتى أتى المسجد فنادى بأعلى صوته: أشهدُ أنْ لا إله إلا الله وأنَّ محمدًا رسولُ الله، ثم قام [القوم] فضربوه حتى أضجعوه (١) ، فأتى العباس فأكبَّ عليه فقال: وَيْلَكم! ألستم تعلمون أنه من غِفَار، وأنَّ طريق تجارتكم إلى الشام؟ فأنقذه منهم. ثم عاد من الغدِ بمثلها، فضربوه وثاروا إليه، فأكبَّ العباس عليه. هذا لفظ البخاري. وقد جاء إسلامُه مبسوطًا في صحيح مسلم (٢) وغيره، فقال الإمام أحمد (٣) : حدّثنا يزيد بن هارون، حدّثنا سليمان بن المغيرة، حدّثنا حميد بن هلال عن عبد الله بن الصامت، قال أبو ذر: خرجنا من قومنا غفار -وكانوا يُحِلُّونَ الشهرَ الحرام- أنا وأخي أنيس وأُمُّنا، فانطلقنا حتى نزلنا على خالٍ لنا ذي مالٍ وذي هيئة، فأكرمنا خالُنا وأحسن إلينا، فحَسَدنا قومُه، فقالوا له: إنَّك إذا خرجت عن أهلك خَلَفَك إليهم أنيس، فجاء خالنا فَنَثَى ما قيل له (٤) فقلت له: أمَّا ما مضى من معروفك فقد كدَّرْتَه، ولا جِمَاعَ لنا فيما بعد (٥) . قال: فقرَّبْنا صِرْمَتَنا (٦) ، فاحتمَلْنا عليها، وتغَطَّى خالُنا بثَوْبه، وجعل يبكي قال: فانطلَقْنا حتى نزلنا حَضْرَةَ (٧) مكة، قال فنافر أُنَيْسٌ عن صِرْمَتِنا (٨) وعن مثلها فأتيا الكاهن فخيَّر أُنيسًا. فأتانا بصِرْمتنا ومثلِها، وقد صلَّيتُ يا بن أخي قبلَ أنْ ألقى رسولَ الله ﷺ ثلاثَ سنين، قال: قلت: لمن؟ قال: لله، قلت: فأين توجَّهُ؟ قال: حيث وجَّهني الله. قال: وأُصلِّي عشاءً حتى إذا كان من آخر الليل أُلقيتُ كأني خِفَاء (٩) حتى تعلوني الشمس. قال: فقال أُنيس: إنَّ لي حاجةً بمكة فألقني (١٠) حتى آتيك. قال:
(١) في البخاري: أوجعوه. وما بين معقوفين منه. (٢) صحيح مسلم (٢٤٧٣) فضائل الصحابة باب من فضائل أبي ذر ﵁ . (٣) في مسنده (٥/ ١٧٤) وما يأتي بين معقوفين منه. (٤) في مسند أحمد: فنثى عليه ما قيل له، وفي النهاية (نثي/ ٥/ ١٦): فنثى علينا الذي قيل له. أي أظهره إلينا وحدثنا به. (٥) أي: لا اجتماع لنا. النهاية (جمع/ ١/ ٢٩٧). (٦) "الصِّرْمة": القطعة من الإبل، وهي ما بين عشرة إلى بضع عشرة، وقيل: أكثر من ذلك إلى الخمسين اللسان (صرم). (٧) أي بقربها، الحضرة: قرب الشيء، ولفظ الإمام أحمد ومسلم: بحَضْرَة. (٨) معناه: تراهن هو وآخر أيهما أفضل، وكان الرهن صرمة ذا وصرمة ذاك، فأيهما أفضل أخذ الصرمتين، فتحاكما إلى الكاهن فحكم بأن أُنيسًا أفضل وهو معنى قوله فخير أنيسًا أي جعله الخيار والأفضل. قاله النووي في شرح صحيح مسلم (١٦/ ٢٧). وفي النهاية (نفر / ٥/ ٩٣): وفي حديث أبي ذر نافر أخي أنيسٌ فلانًا الشاعر وتنافر الرجلان: إذا تفاخرا ثم حكَّما بينهما واحدًا، أراد أنهما تفاخرا أيهما أجود شعرًا. (٩) "الخِفاء": الكِساء، وكل شيء غطيت به شيئًا فهو خفاء. النهاية (خفي /٢/ ٥٧). (١٠) كذا في ح، ط وفي مسند أحمد وصحيح مسلم: فاكفني.

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