J’ai entendu ‘Alî dire : « Je suis le serviteur de Dieu et le frère de Son Messager ; je suis le plus grand des véridiques (as-Siddîq al-Akbar). Personne n’énoncera cela après moi, à moins d’être un menteur et un calomniateur. J’ai accompli la prière avec le Messager de Dieu sept ans avant les autres. »
C’est ainsi que l’a rapporté Ibn Mâjah (1), d’après Muhammad ibn Ismâ‘îl ar-Râzî, d’après ‘Ubayd Allâh ibn Mûsâ al-‘Absî (2) – il était chiite, mais considéré comme fiable dans les recueils de hadith –, d’après al-‘Alâ’ ibn Sâlih al-Azdî al-Kûfî, que l’on a également déclaré digne de confiance. Cependant, Abû Hâtim affirma : « Il appartenait à un groupe extrême (3) parmi les chiites », et ‘Alî ibn al-Madînî dit : « Il a rapporté des traditions réprouvées. » Quant à al-Minhâl ibn ‘Amr, il est jugé fiable. Mais son cheikh, ‘Abbâd ibn ‘Abd Allâh – al-Asadî al-Kûfî –, selon ‘Alî ibn al-Madînî, avait un hadith faible ; al-Bukhârî déclara à son sujet : « Il suscite des réserves », tandis qu’Ibn Hibbân le rangea parmi les transmetteurs dignes de confiance.
Ce hadith est jugé “rejeté” (munkar) sous tous ses aspects, et ‘Alî (qu’Allâh l’agrée) ne le prononcerait pas. Comment aurait-il pu prier sept ans avant tout le monde ? Cela est inconcevable en soi. Dieu sait mieux.
D’autres ont déclaré que le premier à embrasser l’islam dans cette communauté fut Abû Bakr as-Siddîq. Pour concilier l’ensemble des propos, on dit que Khadîja fut la première femme à embrasser l’islam, et cela ressort globalement des récits – avant même les hommes. Le premier parmi les affranchis fut Zayd ibn Hâritha, et le premier parmi les jeunes gens fut ‘Alî ibn Abî Tâlib, qui était alors trop jeune pour avoir atteint la puberté, selon l’avis le plus réputé. Ceux-là formaient alors la Famille du Prophète. Le premier des hommes libres à s’être converti fut Abû Bakr as-Siddîq. De plus, sa conversion fut plus bénéfique que celle de ceux mentionnés précédemment, car il occupait une place importante et honorée au sein de Quraysh, disposait de biens matériels, et appela efficacement autrui à l’islam. Il était aimé, proche de tous, et dépensait de sa fortune pour obéir à Dieu et à Son Messager, comme nous le verrons plus en détail.
Yûnus a rapporté d’après Ibn Isḥâq (5) : « Puis Abû Bakr as-Siddîq rencontra le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) et lui dit : “Ô Muhammad, est-il vrai ce que Quraysh raconte : que tu as renié nos divinités, rabaissé nos esprits et accusé nos ancêtres d’impiété ?” Le Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui) répondit : “Oui, je suis bel et bien l’Envoyé de Dieu et Son Prophète. Il m’a envoyé pour transmettre Son message et t’appeler à Dieu dans la vérité. Par Dieu, c’est cela la vérité. Je t’invite, ô Abû Bakr, à adorer Dieu Seul, sans associé, à ne rien adorer d’autre et à faire alliance sur Son obéissance.” Puis il lui récita le Coran. Abû Bakr ne l’approuva ni ne le rejeta sur-le-champ, mais finalement il embrassa l’islam, rejeta les idoles, renonça à toute divinité rivale et reconnut la vérité de l’islam. Il repartit alors croyant et sincère. »