Et l’hāfid̄ (le grand spécialiste du hadith) Abou Bakr al-Bazzār (1) a rapporté : « Nous fut transmis par ‘Obayd ibn Ismā‘il, qui tient d’Abou Osāma, d’après Hishām ibn ‘Ourwa, d’après son père, d’après ‘Ā’isha. » Celle-ci dit : Le Messager de Dieu ﷺ a déclaré : « Ne médisez pas de Waraka, car j’ai vu qu’il avait un jardin ou deux jardins. »
Ibn ‘Asākir (2) l’a également rapporté, selon une chaîne transmise par Abou Sa‘īd al-Ashajj, d’après Abou Mu‘āwiya, d’après Hishām, d’après son père, d’après ‘Ā’isha. Cette chaîne de transmission est solide. Il en existe aussi une version mursal (à la transmission interrompue), et celle-ci paraît plus probable.
Les deux hāfid̄, al-Bayhaqī et Abou Nu‘aym, dans leurs ouvrages « Dalā’il an-Nubuwwa » (3), rapportent d’après Younus ibn Boukir, d’après Younus ibn ‘Amr, d’après son père, d’après ‘Amr ibn Charahbīl, qu’un jour le Messager de Dieu ﷺ dit à Khadīja : « Lorsque je reste seul, j’entends une voix m’appeler, et par Dieu j’ai craint qu’il ne s’agisse de quelque chose de sérieux. » Elle répondit : « À Dieu ne plaise ! Jamais Il ne ferait cela à ton égard, car par Dieu, tu rends fidèlement les dépôts, tu entretiens les liens de parenté et tu dis toujours la vérité. »
Lorsque Abou Bakr entra (alors que le Messager de Dieu ﷺ n’était pas présent), Khadīja lui rapporta l’affaire, et elle déclara : « Ô ‘Atīq (4), va avec Muhammad chez Waraka. » Lorsque le Messager de Dieu ﷺ arriva, Abou Bakr le prit par la main et dit : « Allons chez Waraka. » Il (le Prophète) demanda : « Qui t’en a informé ? » Il répondit : « Khadija. » Ils se rendirent alors chez Waraka et lui exposèrent les faits. Le Messager de Dieu ﷺ dit : « Quand je reste seul, j’entends un appel derrière moi : “Ô Muhammad, Ô Muhammad !” et je m’enfuis à travers la campagne. » Waraka lui dit : « Ne fais pas cela. Si tu entends de nouveau cette voix, tiens bon jusqu’à ce que tu comprennes ce qu’on te dit, puis viens m’en informer. »
Alors qu’il était de nouveau seul, la voix l’appela : « Ô Muhammad, dis : “Bismillāh ar-Raḥmān ar-Raḥīm (1) Al-ḥamdu lillāhi Rabbi-l-‘ālamīn…” » jusqu’à atteindre « wa lā aḍ-ḍāllīn » (Et non ceux qui s’égarent). « Dis : “Lā ilaha illā Allāh.” » Le Prophète ﷺ retourna alors auprès de Waraka et lui rapporta cela. Waraka lui dit : « Réjouis-toi, réjouis-toi. Je témoigne que tu es celui dont ‘Īsā ibn Maryam (5) a annoncé la venue ; tu es dans la même lignée de révélation que Moussā, tu es un Prophète envoyé. De plus, on te prescrira le combat (jihād) après ce jour, et si je l’atteins, je combattrai à tes côtés. »
Quand (Waraka) mourut, le Messager de Dieu ﷺ dit : « J’ai vu le prêtre au Paradis, vêtu de somptueux habits de soie (6), car il a cru en moi et m’a donné raison. » Il faisait référence à Waraka.
Telle est la version d’al-Bayhaqī. Elle est rapportée de façon mursal et comporte un aspect singulier, celui selon lequel la Fātiḥa aurait été la première chose révélée. Nous avons par ailleurs déjà cité quelques-unes de ses strophes poétiques qui prouvent qu’il cachait sa foi et qu’il croyait fermement (au Prophète), depuis l’instant où Khadīja l’avait informé de ce qui s’était passé avec