«Et tu traites l’invité (تَقْري الضَّيْف) : c’est-à-dire que tu l’honores en lui présentant son repas et en veillant à la qualité de son hébergement. De même, tu secours en cas de difficultés liées à la vérité. Il est également rapporté le mot “bien” (الخير), c’est-à-dire que si un malheur frappe quelqu’un dans une bonne cause, tu l’assistes et tu te tiens à ses côtés jusqu’à ce qu’il trouve de quoi subvenir à son existence ou rétablir la stabilité de sa vie.
Ensuite, Allah dit : «Puis elle le prit et l’emmena chez son cousin Waraqa ibn Nawfal.» C’était un vieillard qui avait perdu la vue. Nous avons déjà mentionné une partie de son histoire en évoquant Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl (1) : Waraqa faisait partie de ceux qui s’étaient convertis au christianisme à l’époque préislamique, avant de s’en éloigner et de partir en Syrie, en compagnie de Zayd ibn ‘Amr, ‘Uthmān ibn al-Huwayrith et ‘Ubayd Allāh ibn Jahsh. Tous embrassèrent le christianisme, car ils le considéraient alors comme la religion la plus proche de la vérité, à l’exception de Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl, qui y perçut une forme de confusion, d’altération, de déformation et de réinterprétation (2). Sa disposition naturelle (fitra) le dissuada donc aussi d’y entrer.
Les docteurs de la Loi et les moines (3) l’avaient néanmoins informé qu’un Prophète se manifesterait bientôt et que son avènement était proche. Zayd revint alors pour le rechercher, et il persista sur sa nature innée ainsi que son monothéisme. Cependant, la mort l’emporta avant la mission prophétique de Muhammad (ﷺ). Quant à Waraqa ibn Nawfal, il vécut assez longtemps pour la connaître et reconnut les signes qui s’étaient manifestés en la personne du Messager d’Allah (ﷺ), comme nous l’avons déjà évoqué dans ce que Khadija lui rapportait du comportement et des qualités pures du Prophète (ﷺ), ainsi que des indices et des preuves apparaissant en lui. C’est pourquoi, lorsque survint cet événement, Khadija conduisit le Messager d’Allah (ﷺ) à Waraqa en le tenant par la main. Elle l’emmena devant lui et s’adressa à Waraqa en disant : «Ô fils de mon oncle (4), écoute ce que raconte ton neveu.»
Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) lui rapporta ce qu’il avait vu, Waraqa s’exclama : «Subbūḥ, Subbūḥ ! C’est le nâmūs qui fut révélé à Moïse.» En langue arabe, on emploie nâmūs pour désigner le messager du bien, et jāsūs pour le messager du mal. Il poursuivit : «Celui qui l’a révélé à Moïse» (5). Il ne mentionna pas ‘Isa (Jésus), bien qu’il fut postérieur à Moïse, car la Loi de Jésus — selon la position correcte des savants (6) — venait parachever et compléter celle de Moïse, en en abrogeant seulement certains aspects. Comme le dit le Coran : «afin de vous rendre licite une partie de ce qui vous était interdit» [Al-‘Imrân : 50]. Et la formule de Waraqa rejoint la parole des djinns : «Ô notre peuple, nous avons entendu un Livre, descendu après Moïse, confirmant ce qui l’a précédé ; il guide vers la vérité et vers un droit chemin» [Al-Ahqāf : 30].
Puis Waraqa déclara : «Ah, si seulement j’étais encore jeune (7) !», c’est-à-dire : «Si seulement j’étais aujourd’hui un homme dans la vigueur de la jeunesse, capable de croire et d’œuvrer utilement. Si seulement je pouvais être un jeune homme robuste (8), encore en vie quand ton peuple te chassera, afin de pouvoir sortir à tes côtés.»»