Dans certaines versions, l’expression «بآدِلُه» apparaît, dont le singulier est «بَأْدَلَة». On a également dit «بَأْدَل», terme qui désignerait la partie située entre le cou et la clavicule. D’autres ont affirmé qu’il s’agit de la base du sein, ou encore de la chair des deux seins, et certains ont proposé d’autres sens.
Il (le Prophète) dit alors : «Couvrez-moi, couvrez-moi !» Lorsque sa crainte se dissipa, il s’adressa à Khadija en ces termes : «Que m’arrive-t-il ? Qu’est-ce qui m’a touché ?» et il lui raconta ce qu’il venait de vivre. Puis il ajouta : «J’ai craint pour ma vie», car il venait de voir quelque chose qu’il n’avait jamais connu auparavant et dont il n’avait même pas idée. C’est pourquoi Khadija lui dit : «Réjouis-toi, jamais Dieu ne t’humiliera !» On a dit que cela signifiait : «Il ne te couvrira pas de honte» ou «Il ne t’affligera pas». Elle parlait ainsi parce qu’elle savait que Dieu a inscrit de belles dispositions dans Sa création, et que celui qui possède de bonnes qualités ne saurait être humilié ni ici-bas ni dans l’au-delà.
Khadija évoqua ensuite ses grandes qualités (1), manifestées par ses nobles vertus. Elle dit : «En vérité, tu maintiens les liens de parenté et tu dis la vérité» — qualité pour laquelle il était réputé, que la prière et la paix de Dieu soient sur lui, aussi bien auprès de ceux qui l’approuvaient que de ceux qui s’y opposaient — «et tu portes le fardeau (à la place) d’autrui. Tu donnes à celui qui est dans le besoin (2) de quoi soulager le poids des charges familiales, et tu “acquiers l’inexistant” (تَكْسِبُ المَعْدُوم). Cela signifie que tu es le premier à t’empresser de faire le bien en donnant au pauvre, remportant ainsi la récompense avant les autres.» On qualifie le pauvre de «məʿdûm» (inexistant) parce que sa vie est amoindrie, comme s’il n’existait pas. C’est ce qu’a exprimé un poète (3) : «Celui qui est mort pour s’être reposé n’est pas réellement mort… Le véritable mort est le mort parmi les vivants.» Abû al-Hasan at-Tihâmî — tel que le rapporte le cadi ‘Iyâd dans son commentaire de Muslim — a formulé une idée similaire (4) : «Considère l’homme pauvre comme mort, recouvre-le d’un linceul usé, et qu’il ait pour demeure un tombeau.»
Al-Khattâbî (5) estime que l’expression correcte est : «Tu acquiers (ou obtiens) l’inexistant», c’est-à-dire que tu le lui offres, ou bien que tu donnes au démuni l’argent dont il peut vivre. Notre maître, le grand traditionniste Abû al-Hajjâj al-Mizzî, a préféré l’avis selon lequel «al-maʿdûm» désigne ici l’argent donné : autrement dit, il offre de la richesse à celui qui en est privé. Quant à ceux qui ont soutenu que l’on devait comprendre : «Tu gagnes, grâce au commerce, une richesse inexistante ou un bien rare et précieux», ils se sont bien éloignés du sens et ont cédé à un excès d’interprétation (6), s’aventurant dans ce dont ils n’avaient pas connaissance. En effet, on ne loue pas en général ce genre de pratique. ‘Iyâd, an-Nawawî et d’autres ont d’ailleurs rejeté cette interprétation. Dieu sait mieux.