Il a également été rapporté par Wahb ibn Kaysân qu’il avait entendu ‘Ubayd ibn ‘Umayr raconter la même chose à ‘Abd Allâh ibn al-Zubayr. Cela indique que c’était l’usage, chez les dévots de Quraysh, de se retirer sur le mont Hirâ’ pour y pratiquer le culte. C’est pour cela qu’Abû Tâlib a dit dans son célèbre poème (1) :
« Wa-Thûrin wa-man arsâ Thabîran makânahû … wa-râqin li-yarqâ fî Hirâ’a wa-nâzili »
C’est ainsi qu’il l’a correctement rapporté, selon la transmission de ce vers, comme l’ont mentionné al-Suhaylî, Abû Shâmah et notre maître, le hâfiẓ Abû l-Hajjâj al-Mizzî – qu’Allâh lui fasse miséricorde. Certains narrateurs en ont déformé la lecture et ont cité : « wa-râqin li-yarqâ fî ḥirr wa-nâzilin », ce qui est faible et contraire à la formule correcte. Allâh sait mieux.
Hirâ’ peut se prononcer avec une finale brève ou longue, et peut être soumis ou non à la déclinaison. C’est une montagne située à l’extrémité de La Mecque, à trois milles de celle-ci, sur la gauche de celui qui se rend à Minâ. Elle possède un sommet qui surplombe la Ka‘ba en s’inclinant ; la grotte se trouve dans cette inclinaison. Qu’il est beau le vers de Ru’bah ibn al-‘Ajjâj (2) :
« Fa-lâ wa-rabbi l-âminâti l-qaṭṭani … wa-rabbi ruknin min Hirâ’a munḥanî »
Quant à la formule mentionnée dans le hadith : « al-taḥannuth » (la dévotion), il s’agit là d’une interprétation fondée sur le sens. Autrement, selon l’étymologie qu’en donne al-Suhaylî (3), le terme « taḥannuth » renvoie à « l’entrée dans le ḥinth (la faute) ». Toutefois, j’ai entendu quelques expressions dans la langue qui indiquent plutôt la sortie de cette faute, parmi lesquelles « fa-taḥannatha » : il est sorti du ḥinth, « taḥawwaba », « taḥarraja », « ta’aththama », « tahajjada » – qui signifie délaisser le sommeil au profit de la prière –, « tanajjasa », « taqaḏḏara ». Toutes ont été rapportées par Abû Shâmah.
On demanda à Ibn al-A‘râbî : « Le verbe yataḥannath signifie-t-il se consacrer à l’adoration ? » Il répondit : « Je ne le connais pas ainsi. On dit plutôt yataḥannaf, en référence à la religion d’Ibrâhîm – paix sur lui –, la ḥanîfiyya. »
Ibn Hishâm (4) a dit : « Les Arabes disent “al-taḥannuth” et “al-taḥannuf”, en interchangeant la lettre fâ’ et la lettre thâ’, comme ils disent “jadath” et “jadaf” (5). » C’est aussi ce qu’a mentionné Ru’bah (6) en disant : « law kâna aḥjârî ma‘a l-ajdâfi », alors qu’il voulait signifier « al-ajdâth » (les tombes). Ibn Hishâm a ajouté : « Abû ‘Ubaydah m’a raconté que les Arabes emploient “fummâ” à la place de “thummâ”. »
J’ai dit : « C’est de la même manière que certains exégètes lisent “wa-fûmihâ”, pensant qu’il s’agit de “thûmihâ” (son ail). »