Alors je retroussai les bords de mon pagne pour émigrer vers toi… je parcours les contrées profondes après avoir quitté les plaines (1),
afin de tenir compagnie au meilleur des hommes, tant par son âme que par son ascendance : le Messager du Souverain de l’humanité, au-dessus des firmaments (2).
Le Prophète (que la bénédiction et la paix de Dieu soient sur lui) déclara (3) : « Bienvenue à toi, ô ‘Amr ibn Murra ! »
Je dis alors : « Ô Messager de Dieu, que mon père et ma mère te soient sacrifiés, envoie-moi donc auprès de mon peuple. Peut-être que Dieu leur fera grâce par mon intermédiaire, comme Il m’a fait grâce par le tien. » Il m’envoya donc vers eux en disant : « Dis la parole droite, et ne sois ni rude, ni hautain, ni envieux. »
Je me rendis auprès de mon peuple et leur adressai ces mots : « Ô Banû Rifâ‘a, ensuite ô Banû Juhayna, je suis un messager de la part du Messager de Dieu pour vous. Je vous appelle au Paradis et vous mets en garde contre l’Enfer ; je vous ordonne d’épargner le sang, de maintenir les liens de parenté, d’adorer Dieu, de renoncer aux idoles, d’accomplir le pèlerinage à la Maison sacrée, de jeûner le mois de Ramadân, un mois sur douze. Celui qui répondra à cet appel obtiendra le Paradis, et celui qui refusera aura pour séjour l’Enfer. Ô gens de Juhayna, Dieu — à Lui la louange — a fait de vous le meilleur de ceux dont vous descendez, et Il vous a rendu haïssables, à l’époque de votre ignorance, les choses qui, chez d’autres, étaient aimées : le ‘rafth (car ils unissaient deux sœurs, et l’homme épousait la femme de son père) ainsi que les vengeances (5) durant le mois sacré. Répondez à ce Prophète envoyé (que la bénédiction et la paix de Dieu soient sur lui), issu des Banû Lu’ayy ibn Ghâlib. Vous obtiendrez ainsi l’honneur dans ce monde et la dignité dans l’au-delà. Empressez-vous, empressez-vous d’agir ainsi, vous y trouverez un mérite particulier auprès de Dieu. »
Ils répondirent à l’appel, à l’exception d’un homme parmi eux qui se dressa et déclara : « Ô ‘Amr ibn Murra, puisses-tu avoir la vie la plus amère ! Nous ordonnes-tu de rejeter nos divinités et de rompre l’union de nos rangs en reniant la religion de nos pères en faveur de ce à quoi nous appelle ce Qurayshite, issu de Tihâma ? Non ! Pas de bienvenue ni d’honneur ! » Puis il se mit à réciter :
[mètre al-kâmil]
« Certes, Ibn Murra est venu avec des propos
Qui ne sont pas ceux de qui cherche la droiture.
Je crois que ses dires et ses actes,
Quoique le temps s’étire, ne vaudront que vent.
Oser mépriser les anciens parmi ceux qui ont disparu ?
Tout homme qui tente cela ne connaîtra point le succès. »
‘Amr ibn Murra répliqua : « Le menteur entre toi et moi, que Dieu lui rende la vie amère, qu’Il rende muette sa langue et qu’Il aveugle sa vue. »
‘Amr ibn Murra rapporta : « Par Dieu, il ne mourut pas avant que sa bouche ne s’effondrât, qu’il ne pût plus goûter la nourriture, qu’il ne fût rendu aveugle et muet. »
Ensuite, ‘Amr ibn Murra quitta son peuple en compagnie de ceux qui avaient embrassé l’islam, et ils se rendirent auprès du Prophète (que la bénédiction et la paix de Dieu soient sur lui). Ce dernier les accueillit chaleureusement (6) et leur accorda un document dont voici la teneur (7) : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Ceci est un écrit venant de Dieu par la parole du Messager de Dieu, avec un Livre… »