Salim parvint auprès de l’idole Suwāʿ. Râshid raconta :
« Au point du jour, je fus déposé devant un simulacre, en direction de l’idole Suwāʿ. Tout à coup, une voix s’éleva de ses entrailles : “Étonnement, grand étonnement ! Voici qu’est apparu un Prophète issu des Banû ʿAbd al-Muṭṭalib ; il proclame l’interdiction de l’adultère, de l’usure et de l’égorgement pour les idoles. Le ciel est désormais protégé et nous sommes frappés par les météores. Quelle stupeur, quelle grande stupeur !”
Puis un autre simulacre appela de l’intérieur :
‘On a délaissé ad-Ḍimâr (1), pourtant il était adoré. Voici que paraît le Prophète Aḥmad ; il accomplit la prière, et ordonne l’aumône légale, le jeûne, la bienfaisance et le maintien des liens de parenté.’
Ensuite, du sein d’une autre idole, une voix déclama :
[de la forme al-kâmil]
« Celui qui a reçu en héritage la prophétie et la guidée
après le fils de Maryam, c’est bien un homme de Quraych, guide avisé.
Un Prophète est venu annoncer ce qui a déjà été prédit,
et ce qui se réalise aujourd’hui ou demain en vérité. » (2)
Râshid poursuivit :
« Je trouvai Suwāʿ au lever du jour tandis que deux renards léchaient les offrandes déposées autour de lui, se nourrissaient de ce qu’on lui présentait, puis se tournaient vers lui pour l’arroser de leurs urines. C’est alors que je m’exclamai (3) :
[de la forme aṭ-ṭawîl]
“Un dieu sur la tête duquel un renard urine ?
Il est bien humilié, celui qui se fait souiller par des renards !”
Cela se produisit au moment où le Prophète (ﷺ) émigra vers Médine. La nouvelle de son départ se répandit, et Râshid partit jusqu’à rejoindre le Prophète (ﷺ) à Médine, emmenant avec lui son chien. Râshid s’appelait alors ‘Ẓâlim’ (litt. ‘Injuste’), et le nom de son chien était ‘Râshid’.
Le Prophète (ﷺ) lui demanda : “Comment t’appelles-tu ?” Il répondit : “Ẓâlim.” — “Comment s’appelle ton chien ?” demanda-t-il. “Râshid,” dit-il. Alors le Prophète (ﷺ) commenta : “Ton nom est désormais ‘Râshid’, et ton chien s’appellera ‘Ẓâlim’.” Le Prophète (ﷺ) se mit à sourire, et Râshid lui prêta allégeance. Il resta ensuite avec le Prophète (ﷺ) à La Mecque. Puis Râshid sollicita du Messager de Dieu (ﷺ) qu’il lui attribuât une propriété à Ruhâṭ — qu’il lui décrivit — et le Prophète (ﷺ) lui octroya la partie nommée al-Maʿlāt dans la région de Ruhâṭ, sur la distance d’un galop de cheval (4) et jusqu’à trois jets de pierre. Il lui remit aussi un petit récipient (5) rempli d’eau, y cracha et dit :
“Verse son contenu sur le haut de cette propriété et n’en interdis pas l’usage à qui voudra puiser son surplus.”
Râshid obéit, et l’eau se mit à couler de manière continue (6) jusqu’à nos jours. Il y planta alors des palmiers.”