Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

«Te libérer de moi?» Je répondis : «Oui, libère-moi.» Il dit alors : «Il me libéra.» Mais mon âme me tira à revenir sur mes pas, et je déclarai : «Rends-toi, que ta mère te pleure.» Il dit :

[Du mètre Al-Wâfir]
«Au nom de Dieu, le Clément, nous avons triomphé là-bas,
Et par le Miséricordieux, nous avons vaincu.
À quoi sert la bravoure d’un homme jaloux de son honneur
Lorsqu’un jour (1) nous nous avançons vers le champ de bataille?»

Puis il bondit sur moi (2) d’un seul élan, au point que je me vis comme soumis sous lui. Il dit : «Dois-je te tuer ou te libérer?» Je répondis : «Oui, libère-moi.» Alors il me libéra, et je m’éloignai de quelques pas. Ensuite, je me dis intérieurement : «Ô ‘Amr, un tel vieillard pourrait donc te maîtriser ! Par Dieu, la mort vaut mieux pour toi que la vie.» Je retournai donc vers lui et m’exclamai : «Rends-toi, que ta mère te pleure.» Alors, il bondit sur moi à nouveau en disant : «Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux !» au point que je me vis encore comme soumis sous lui. Il dit : «Dois-je te tuer ou te libérer?» Je répondis : «Oui, libère-moi.» Il dit : «C’est trop tard. Ô servante, apporte-moi le couteau.» Elle le lui apporta, et il me rasa la houppe. Chez les Arabes, lorsqu’on s’emparait d’un homme et qu’on lui rasait la houppe, on le réduisait en esclavage. Je restai donc un temps à son service.

Ensuite, il me dit : «Ô ‘Amr, je veux que tu traverses la steppe avec moi. Je n’ai aucune crainte de toi, car, au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, j’ai confiance.» Nous marchâmes jusqu’à ce que nous parvînmes à un oued embrouillé et inextricable (3), impressionnant et effrayant (4). Là, il cria de toute sa voix : «Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux !» Alors il ne resta aucun oiseau dans son nid qui ne s’envolât. Il répéta son appel, et il ne resta aucune bête sauvage dans sa tanière qui ne fût effrayée et ne prît la fuite. Il appela une troisième fois, et voilà qu’un Abyssin surgit de l’oued, aussi grand qu’un palmier élancé.

Il me dit : «Ô ‘Amr, si tu nous vois en train de lutter (5), dis : “Mon compagnon l’a emporté par ‘Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.’”» Or, quand je les vis aux prises, je m’écriai : «Mon compagnon l’a emporté par al-Lât et al-‘Uzzâ !» Le vieillard ne fit rien. Puis il revint vers moi et dit : «Je vois bien que tu as contredit mes paroles.» Je répondis : «Oui, et je ne le referai plus.» Il dit : «Si tu nous vois de nouveau en train de lutter, dis : ‘Mon compagnon l’a emporté par Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.’» Je dis : «J’y consens.» Quand je les vis de nouveau se ruer l’un sur l’autre, je m’écriai : «Il l’a emporté…»

(1) Dans les versions ḥ, qwm, et confirmées à partir de ṭ. (2) Dans ḥ, ṭ : « Waṯabba lī », et confirmé parmi les hawaṭif. (3) Le terme a été omis dans ṭ, alors qu'il est confirmé dans ḥ et les hawaṭif. Le passage est plutôt : « beaucoup d’arbres ». Wašb (نشب) : il se peut que cela signifie « s’est enraciné », que ses arbres ont pris racine, se sont enroulés. Ou bien cela pourrait venir de la compréhension linguistique (ʿibu/wašb), (أشب، نشب). (4) « Al-mahūl » : c’est-à-dire « qui contient la terreur », celui qui inspire la peur. « Al-mughūl » : il se peut que cela signifie « nombreux ghouls », pluriel de ghūl, qui sont une sorte de démons et djinns. Les Arabes prétendaient que le ghūl dans le désert apparaissait aux gens, se transformant en diverses formes, les égaraient du chemin et les faisaient périr. Voir al-Lisān (hūl, ghūl). (5) Dans ḥ, ṭ et l'édition imprimée d'al-Hawātif : « Ittahadnā », avec ha et dāl absorbés (h silencieux et d minoré), confirmé à partir de la source des hawaṭif, ainsi que dans la source 'ʿajība Bismi Llāh al-Raḥmān al-Raḥīm' de la transmission d’Ibn Ḥudhlam, copie des Ẓāhiriyya, publiée dans la poésie d’Amr ibn Maʿdī Karb (p. 214). Son commentateur a suivi la transmission du début et de la fin en omettant cette lettre, ce qui n’a aucun sens car à la base il est écrit « Aḥad » (un), « les deux hommes s’unirent » et il y eut union entre eux, ce qui n’a pas de sens dans ce contexte. En revanche, la vocalisation avec dénégation comme dans l’original des hawaṭif, et la version d’Ibn Ḥudhlam, est correcte. C’est selon leur expression : « Iʾtakhadha al-qawm yaʾtakhidhūna iʾtikhāḏan » : lorsqu’ils s’affrontent, chacun saisit par l’affrontement une prise qui le retient. Ce mot est malléable et s’intègre, on dit donc « Ittakhadha ».
أُخَلِّي عنك؟ قلتُ: بل خلِّ عني. قال: فخلَّى عني. ثم إنَّ نفسي جاذبتْني بالمعاودة فقلت: استأسِرْ ثكلَتْك أمُّك. فقال: [من الوافر] بِبسم الله والرَّحْمنِ فُزْنا … هُنالكَ والرحيمِ به قَهَرْنا وما تُغْني جَلادَةُ ذي حِفَاظٍ … إذا يَوْمًا (١) لمعركةٍ برزنا ثم وثب إليَّ (٢) وثبةً كأني مَثَلْتُ تحته، فقال: أقتلُكَ أمْ أُخَلِّي عنك؟ قال: قلت: بل خَلِّ عني. فخلَّى عني، فانطلقتُ غيرَ بعيد، ثم قلتُ في نفسي: يا عمرو أيقهرُك مِثْلُ هذا الشيخ!؟ واللّهِ لَلْمَوْتُ خيرٌ لك من الحياة. فرجعتُ إليه فقلت له: استأسِرْ، ثكلَتْك أمك. فوثب إليَّ وثبةً وهو يقول: بسم اللّه الرحمن الرحيم، فكأني مثلتُ تحتَه، فقال: أقتلُكَ أم أخلِّي عنك؟ قلت.: بل خلِّ عني، فقال: هيهات، يا جاريةُ ائتيني بالمُدْية. فأتَتْه بالمدية، فجزَّ ناصيتي، وكانتِ العرب إذا ظَفِرَتْ برجل فجزتْ ناصيتَه استعبدَتْه، فكنتُ معه أخدُمه مُدَّةً. ثم إنَّهُ قال: يا عمرو، أريد أن تركب معي البرِّيَّة، وليس بي منك وجَل، فإني ببسم الله الرحمن الرحيم لواثق. قال: فسرنا حتى أتينا واديًا أشِبًا نَشِبًا (٣) مَهُولًا مَغُولًا (٤) ، فنادى بأعلى صوته: بسم اللّه الرحمن الرحيم. فلم يبقَ طَيْرٌ في وَكْرِه إلا طار، ثم أعادَ القول، فلم يبقَ سَبُعٌ في مَرْبِضِه إلا هرب، ثم أعاد الصوت فإذا نحن بحَبَشيٍّ قد خرج علينا من الوادي كالنخلة السَّحُوق، فقال لي: يا عمرو، إذا رأيتَنا قدِ اتَّخَذْنا (٥) فقل: غلَبَهُ صاحبي ببسم الله الرحمن الرحيم. قال: فلما رأيتُهما قدِ اتَّخذا قلت: غلَبَهُ صاحبي باللاتِ والعُزَّى، فلم يصنعِ الشيخُ شيئًا، فرجع إليَّ وقال: فد علمتُ أنَّكَ قد خالفتَ قولي. قلت: أجل، ولستُ بعائد. فقال: إذا رأيتَنا قدِ اتَّخذنا فقل: غلبه صاحبي ببسم الله الرحمن الرحيم. قلت: أفعل، فلما رأيتهما قد اتخذا، قلت: غلبه
(١) في ح: قوم، والمثبت من ط. (٢) في ح، ط: وثب لي، والمثبت من الهواتف. (٣) سقطت اللفظة من ط، وهي مثبتة في ح والهواتف. والموضع الأشب: كثير الشجر. ونشب: لعل معناه نشبت وعلقت أشجاره والتفت. أو لعله هو من الإتباع اللسان (أشب، نشب). (٤) "المَهُول": أي فيه هَوْل، وهو المخُوف. المغول: لعل معناه كثير الغيلان جمع غُول، وهي جنس من الشياطين والجن، كانت العرب تزعم أن الغُول في الفلاة تتراءى للناس فتتغوَّل -تتلون- في صور شتى، وتضلهم عن الطريق وتهلكهم. اللسان (هول، غول). (٥) في ح، ط ومطبوعة الهواتف: اتحدنا. بالحاء والدال المهملتين، والمثبت من أصل الهواتف، وأصل عجيبة بسم الله الرحمن الرحيم من رواية ابن حذلم نسخة الظاهرية، والمنشور في شعر عمرو بن معدي كرب (ص ٢١٤) وفيه تابع محققه رواية البداية والنهاية بالإهمال ولا معنى له، إذ جاء في الأساس (أحد): اتحد الرجلان، وبينهما اتحاد، ولا معنى له في هذا السياق. وبالإعجام كما جاء في أصل الهواتف، وأصلِ ابن حذلم هو الصواب، من قولهم: ائتخذ القوم يأتخذون ائتخاذًا: إذا تصارعوا فأخذ كل منهم على مصارعه أخْذةً يعتقله بها، وقد تليَّنُ وتدغم فيقال: اتَّخَذَ.

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