Au cœur de la nuit (1), voilà qu’un cavalier s’écria entre le ciel et la terre : « Ô vous qui dormez, réveillez-vous, car ce n’est pas l’heure de dormir ! Ahmed est apparu, et voilà que les djinns ont été chassés de toutes parts. » Nous fûmes alors saisis de frayeur, nous qui formions un groupe de jeunes gens (2), et tous entendirent ces paroles. Nous rentrâmes donc auprès des nôtres et les trouvâmes en train de relater une discorde survenue à La Mecque parmi les Quraysh, à propos d’un Prophète issu des Banû ‘Abd al-Muttalib, nommé Ahmed. C’est ce qu’a rapporté Abû Nu‘aym (3).
Al-Khara’itî (4) dit : « ‘Abd Allâh ibn Muhammad al-Balawî nous raconta en Égypte : ‘Umâra ibn Zayd me rapporta d’après ‘Abd Allâh ibn al-‘Alâ’, qui le tenait de Yahyâ ibn ‘Urwa, lui-même le tenant de son père, qu’un groupe de Quraysh — parmi lesquels Waraqah ibn Nawfal ibn Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzâ ibn Qusayy, Zayd ibn ‘Amr ibn Nufayl, ‘Ubayd Allâh (5) ibn Jahsh ibn Ri’âb et ‘Uthmân ibn al-Huwayrith — se rendirent auprès d’une de leurs idoles où ils avaient l’habitude de se réunir. Ils avaient fait de ce jour un jour de fête annuelle, durant lequel ils honoraient l’idole, immolaient un chameau (7), puis le consommaient, buvaient du vin et demeuraient là à la vénérer. Cette nuit-là, ils la trouvèrent renversée sur la face, ce qui les stupéfia ; ils la redressèrent aussitôt et la remirent à sa place. Mais elle ne tarda pas à basculer violemment une seconde fois. De nouveau ils la replacèrent, et elle se renversa une troisième fois. À cette vue, ils furent pris d’une grande inquiétude et s’en affligèrent.
Alors ‘Uthmân ibn al-Huwayrith s’exclama : « Pourquoi tant de renversements ? Quelque chose de grave a dû se produire ! » En effet, c’était la nuit de la naissance du Messager de Dieu (ﷺ). ‘Uthmân se mit alors à réciter :
« Ô idole de la fête, autour de laquelle se rassemblaient ♪\ les notables, venus de loin et de près,
Tu t’es renversée, vaincue : dis-nous donc la raison.
Est-ce l’œuvre d’un insensé, pour que tu te sois effondrée, irritée ?
Si c’est bien à cause d’une faute que nous avons commise, alors nous l’admettons et nous nous en repentons.
Et si tu as été vaincue et renversée malgré toi,
Tu n’es donc pas, parmi les idoles, le maître et le seigneur ! »
Ils saisirent alors l’idole pour la redresser. Une fois remise en place, une voix puissante surgit de l’idole et s’adressa à eux (9), disant :
[vers tirés de la même mesure poétique « at-tawîl »]