‘Abd Allâh ibn Rabî‘ah ibn Khways (1).
L’un des Banû Nimrân me rapporta l’histoire suivante – Mâzin raconta : « Un jour, nous avions immolé auprès de l’idole un sacrifice ‘Atîra (2), c’est-à-dire l’offrande sacrificielle. J’entendis alors une voix sortir de l’idole et dire : “Ô Mâzin, écoute et tu seras comblé : l’apparence est bonne, mais l’intérieur est mauvais. Un Prophète issu de Mudar a été envoyé, porteur de la plus grande religion de Dieu (3). Délaisse donc une pierre taillée afin d’être préservé de la chaleur de Saqar.” »
Mâzin dit : « J’en fus saisi d’une grande frayeur. Quelques jours plus tard, nous avons de nouveau offert une ‘Atîra, et j’entendis encore la voix de l’idole déclarer : “Approche, approche ! Tu entendras ce qu’il ne faut ignorer. C’est un Prophète envoyé, porteur d’une vérité révélée. Crois en lui afin d’être redressé et de fuir le brasier ardent, dont le combustible est le bois (4).” »
Mâzin ajouta : « Vraiment, c’est là une chose étonnante, et je prends conscience que c’est un bien qui m’est voulu. » Voilà qu’un homme originaire du Hijâz vint à nous. Je lui demandai : « Quelles sont les nouvelles de là-bas ? » Il répondit : « Un homme appelé Aḥmad est apparu ; il dit à ceux qui le rejoignent : “Répondez à l’appel de Dieu.” » Je me dis alors : « C’est ce dont j’ai déjà entendu parler. » Je me dirigeai vers l’idole, je la brisai en morceaux (5), puis j’enfourchai ma monture jusqu’à ce que j’arrive auprès du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde bénédiction et salut). Dieu ouvrit alors ma poitrine à l’islam, et je me convertis. Je récitai :
« J’ai brisé Bâjir en débris, lui qui pour nous
Était un dieu autour duquel nous tournions, égarés dans l’erreur. (6)
Par le Hâshimite, Il nous a tirés de notre égarement,
Alors que sa religion n’était guère dans mes pensées.
Ô toi qui chevauches, transmets à ‘Amr et à ses sœurs (7)
Que je réponds à celui qui me dit que mon Seigneur n’est pas Bâjir. »
(On entend par ‘Amr : les descendants de Banû al-Ṣâmit et ses sœurs) (8).
Mâzin poursuivit : « Je dis alors : “Ô Messager de Dieu, je suis un homme passionné de musique, grand amateur de femmes (10) et de vin. De plus, de rudes années de sécheresse nous ont frappés, ruinant nos biens et affaiblissant nos enfants ; je n’ai pas de descendance. Invoque donc Dieu pour qu’Il m’enlève ce dont je souffre, qu’Il nous accorde la pluie bienfaisante et qu’Il me donne un enfant.” »
Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue) pria en ces termes : « Ô Dieu, remplace sa passion pour la musique par la récitation du Coran, l’illicite par le licite, le péché et la débauche par la chasteté ; accorde-lui la pluie et fais-lui don d’un enfant. » Alors, Mâzin raconta : « Dieu m’a délivré de ce dont je souffrais, ‘Uman redevint fertile, je pris pour épouses quatre femmes libres, et j’ai mémorisé la moitié… »