Hurqûṣ (1) ibn Mâzin raconta : « Nous souhaitions nous rendre chez Ibn Jafna, roi de Ghassân. Lorsque nous arrivâmes aux abords du Shâm, nous nous arrêtâmes près d’un étang ombragé de quelques arbres et nous bavardâmes. Un moine qui entendit notre conversation s’approcha et dit : “Voilà une langue qui n’est pas celle [des habitants] de ce pays.” Nous répondîmes : “En effet, nous sommes un peuple issu de Mudar.” Il demanda : “De quelle branche de Mudar ?” Nous dîmes : “De Khindif.” Il poursuivit : “Sachez qu’un Prophète, le Sceau des Prophètes, sera bientôt envoyé [parmi vous]. Hâtez-vous de le rejoindre et prenez votre part auprès de lui, vous réussirez.” Nous lui demandâmes : “Quel est son nom ?” Il répondit : “Son nom est Muḥammad.” »
Hurqûṣ ajouta : « Lorsque nous revînmes de chez Ibn Jafna, chacun de nous eut un fils qu’il nomma Muḥammad, car chacun espérait que ce Prophète, dont il nous avait été fait l’annonce, sortirait de sa propre descendance. »
L’historien Abû Bakr al-Kharâ’iṭî (3) rapporta : « ‘Abd Allâh ibn Abî Sa‘d nous raconta ce qui suit : Ḥâzim ibn ‘Iqâl ibn (4) Ḥabîb ibn al-Mundhir ibn Abî l-Ḥiṣn (5) ibn al-Samaw’al ibn ‘Âdiyâ m’a dit : [Jâmi‘ ibn Khayrân (6) ibn Jumay‘ ibn ‘Uthmân ibn Sammâk ibn Abî l-Ḥiṣn (7) ibn al-Samaw’al ibn ‘Âdiyâ m’a informé] (8) que lorsque al-Aws ibn Ḥâritha ibn Tha‘laba ibn ‘Amr ibn ‘Âmir sentit sa fin approcher, sa tribu de Ghassân se rassembla autour de lui en disant : “Tu constates toi-même que l’ordre de Dieu est imminent. Nous t’avions déjà encouragé à te marier quand tu étais jeune, mais tu t’y refusais. Or voilà que ton frère al-Khazraj a cinq fils, tandis que toi, tu n’as pas d’autre enfant que Mâlik.” Il leur répondit : “Celui qui laisse un fils tel que Mâlik en héritage ne disparaîtra jamais vraiment. Celui qui est capable de faire jaillir le feu d’une touffe (9) pourra bien donner à Mâlik une postérité et des hommes vaillants (busl). Nul n’échappera de toute manière à la mort.” Puis, se tournant vers Mâlik, il dit : “Ô mon fils, mieux vaut la mort que l’humiliation, mieux vaut le châtiment que le reproche, mieux vaut la résolution que l’hésitation (10). La tombe est préférable à la misère : quiconque a peu est abaissé (11). Il est dans la noblesse d’âme du généreux de défendre l’honneur. Les jours se divisent en deux : l’un en ta faveur, l’autre contre toi. Quand le jour est à ton avantage, ne tombe pas dans l’orgueil, et quand il est contre toi, endure patiemment. Tous deux passeront : ni le roi couronné ni le misérable méprisé (12) ne sauraient y échapper. Prépare-toi pour ton jour, que ton Seigneur te préserve.” Puis il composa des vers sur la longueur (al-ṭawîl) : [vers de la métrique at-Ṭawîl]. »