Les malheurs (1) abondent et ils lui tendent des pièges, qu’ils en soient les auteurs ou que ce soient leurs descendants. Si je ne savais pas que la mort m’emporterait avant sa mission, je serais parti avec ma cavalerie et mon infanterie jusqu’à faire de Yathrib la demeure de mon royaume (2). En effet, je trouve dans le Livre explicite et dans la science immuable que Yathrib deviendra le lieu où son autorité s’affermira, où se trouveront ceux qui le soutiendront, et l’endroit où sera sa tombe. Si je ne cherchais pas à le préserver des épreuves et ne redoutais pas pour lui les afflictions, je proclamerais sa cause malgré sa jeunesse et je ferais marcher sur ses pas les puissants parmi les Arabes. Cependant, je remets cette tâche entre tes mains, sans pour autant négliger ceux qui t’accompagnent (3).
Il dit alors : Puis il ordonna que l’on donne à chacun d’entre eux dix esclaves hommes, dix esclaves femmes, cent chameaux, deux pièces de brocart, cinq livres d’or, dix livres d’argent, et une panse remplie d’ambre gris (4). Il ordonna aussi que l’on donne à ʿAbd al-Muṭṭalib dix fois ce montant, et lui dit : « Reviens me voir quand l’année sera révolue. » Or, Ibn Dhī Yazan mourut avant la fin de l’année. Aussi, ʿAbd al-Muṭṭalib disait souvent : « Que nul parmi vous ne m’envie pour les somptueux présents du roi, car ils sont destinés à s’épuiser. Mais qu’il m’envie plutôt pour ce qui restera pour moi et pour ma descendance après moi : le renom, la gloire et l’honneur. » Lorsqu’on lui demandait : « Quand cela aura-t-il lieu ? », il répondait : « On le saura, même après un certain temps. »
À ce sujet, ʾUmayya ibn ʿAbd Shams (5) a dit (mètre : al-wāfir) :
« Nous avons apporté le conseil, que perpétuent (6) les montures
Sur les bâtures de grands chameaux et de chamelles.
Transmis, et dont les jointures s’élèvent (7)
Jusqu’à Ṣanʿāʾ depuis un ravin profond.
Il se dirige avec nous vers le fils de Dhī Yazan et fend,
Dans les tréfonds de leurs flancs, le chemin décrié (8),
Il se nourrit des lueurs de sa gloire,
Dont le scintillement se prolonge d’éclair en éclair (9).
Puis, lorsqu’il parvint (10) à Ṣanʿāʾ, il s’établit
Au palais de la royauté et de l’illustre noblesse. »
C’est ainsi que le rapporta le ḥāfiẓ Abū Nuʿaym dans son ouvrage « Dalāʾil » (11), selon la chaîne de transmission remontant à ʿAmr ibn Bakīr ibn Bakkār al-Qaʿnabi (12).