Je ne l’ai pas divulgué, mais j’ai vu que tu en es le dépositaire, et je t’en ai révélé une première lueur (1). Qu’il demeure donc caché auprès de toi jusqu’à ce que Dieu l’ordonne, car Dieu accomplit toujours Son dessein. Je trouve, dans le Livre préservé et la science secrète que nous nous sommes réservée à l’exclusion d’autrui, une nouvelle d’une immense portée et d’une grande gravité, qui recèle l’honneur de la vie et la vertu de la mort pour les gens en général, pour ton clan en particulier, et pour toi plus spécialement.
Abdul Muttalib répondit : « Ô roi, il t’appartient de réjouir et de faire le bien. Que pourrions-nous t’offrir, nous autres habitants du désert, groupe après groupe ? »
Le roi déclara : « S’il naît à Tihama un enfant, un garçon portant entre les épaules une marque, il obtiendra l’imâmat, et vous aurez grâce à lui la suprématie jusqu’au Jour de la Résurrection. »
Abdul Muttalib poursuivit : « Puisses-tu être préservé de tout reproche ! Vraiment, je reviens avec le plus précieux bienfait qu’un émissaire puisse rapporter. N’était la crainte respectueuse et l’estime que j’ai pour le roi, je lui demanderais plus de détails au sujet de l’heureuse annonciation qu’il m’a communiquée, afin d’accroître encore ma joie. »
Ibn Dhi Yazan déclara alors : « C’est précisément l’instant où il doit naître, ou il est déjà né ; son nom est Muhammad. Son père et sa mère mourront, et son grand-père ainsi que son oncle le prendront en charge. Nous l’avons vu naître à maintes reprises en vision, et Dieu l’enverra au grand jour ; Il lui donnera parmi nous des auxiliaires par lesquels Il élèvera Ses alliés et humiliera Ses ennemis. Par leur concours, il détournera les peuples de l’erreur et s’emparera des biens précieux de la terre. Il brisera les idoles, éteindra les feux, adorera le Tout-Miséricordieux et repoussera le démon. Sa parole sera tranchante, son jugement équitable. Il ordonnera le bien et l’accomplira, interdira le mal et l’anéantira. »
Abdul Muttalib dit : « Ô roi, que ta gloire s’amplifie, que ta haute place s’élève, que ton règne se prolonge et que ta vie s’allonge ! Le roi veut-il parler plus clairement ? Car une partie de ce que tu as dit m’apparaît déjà en pleine lumière. »
Ibn Dhi Yazan répondit : « Par la Maison sacrée voilée et les signes dressés devant ses pierres, sache, ô Abdul Muttalib, que tu en es assurément le grand-père, sans nul mensonge. » Alors Abdul Muttalib se prosterna. Le roi lui dit : « Relève la tête, que ton cœur se réjouisse et que ton rang s’élève ; tu as déjà saisi une partie de ce que je t’ai annoncé. »
Abdul Muttalib repris : « Ô roi, j’avais un fils que j’aimais tendrement et que je traitais avec bienveillance. Je l’ai marié à l’une des femmes les plus nobles de son peuple, Āmina bint Wahb. Elle a donné naissance à un garçon que j’ai nommé Muhammad. Son père et sa mère étant décédés, je l’ai pris sous ma protection, assisté de son oncle. »
Ibn Dhi Yazan conclut : « Ce que je t’ai dit est conforme à la vérité. Garde ton enfant et mets-le à l’abri des Juifs, car ils lui sont hostiles. Dieu ne leur donnera jamais le pouvoir de nuire à son égard. Tiens caché ce que je t’ai révélé devant les gens qui t’accompagnent, car je crains qu’ils ne s’enorgueillissent de ne pouvoir accéder à la prééminence qu’il leur apporterait, et qu’ils ne cherchent dès lors à lui nuire. »