Il y eut parmi les notables de Quraysh des hommes qui se rendirent auprès de lui à Ṣan‘ā. Ils le trouvèrent alors sur le sommet de Ghumdān (1), dont a parlé Umayya ibn Abī Ṣalt :
[du mètre at-Tawīl]
« Bois donc à ton aise, le diadème sur ta tête comme appui…
Au sommet de Ghumdān, une demeure qui, de toi, sera préservée de toute ruine. »
(2) L’huissier entra auprès de lui et l’informa de leur présence ; il leur permit d’entrer. Alors ‘Abd al-Muṭṭalib s’avança et sollicita la permission de prendre la parole. Le roi lui dit : « Si tu es de ceux qui s’expriment devant les rois, nous t’autorisons à parler. » ‘Abd al-Muṭṭalib déclara :
« Dieu t’a placé, ô roi, en un rang élevé, solide et inébranlable, grandiose et souverain ; Il t’a fait croître dans une origine dont la souche est pure, dont la racine est puissante, dont la base est ferme, et dont la ramure s’élève haut dans le lieu le plus noble et la source la plus prestigieuse. Toi — puisses-tu être épargné du blâme (4) — tu es le roi des Arabes, leur “printemps” qui féconde leurs terres, la tête à laquelle ils se soumettent, la colonne sur laquelle ils s’appuient et la citadelle à laquelle s’adossent les serviteurs. Ton ascendance est la meilleure des ascendances, et tu es pour nous d’eux le meilleur successeur. Jamais ne sera délaissé celui dont tu es le descendant, ni ne périra celui dont tu es la relève. Nous sommes, ô roi, les gens du Sanctuaire sacré, et les gardiens de Sa Maison ; c’est pour la grande joie que nous procure le fait que tu nous aies délivrés de la détresse qui nous accablait que nous avons fait le voyage jusqu’à toi ; nous sommes donc une délégation de réjouissance et non une délégation de malheur (5). »
Le roi demanda : « Qui es-tu, toi qui parles ? »
Il répondit : « Je suis ‘Abd al-Muṭṭalib ibn Hāshim. »
Le roi reprit : « Le fils de notre sœur ? »
Il dit : « Oui. »
Le roi dit alors : « Approche. » Il le fit avancer près de lui, puis se tourna vers lui et vers ses compagnons en disant :
« Soyez les bienvenus ; puissiez-vous trouver ici logis et halte faciles ; vous voici sur une terre hospitalière, au sein d’un pouvoir généreux apportant des dons abondants. Le roi a entendu ce que vous avez à dire ; il a reconnu votre parenté et accueilli votre intercession. Vous êtes les gens du jour et de la nuit ; l’honneur vous est acquis tant que vous demeurerez, et des présents vous attendent lorsque vous repartirez. »
Ensuite, on les conduisit vers la demeure destinée aux hôtes et aux délégations. Ils y séjournèrent un mois sans pouvoir approcher le roi ni recevoir l’autorisation de repartir. Puis le roi se souvint soudain d’eux, fit appeler ‘Abd al-Muṭṭalib, le fit approcher de sa place et renvoya les autres. Il lui dit alors à voix basse :
« Ô ‘Abd al-Muṭṭalib, je vais te confier un secret issu de mon savoir, que je ne livrerais à nul autre que toi… »