D’autres (1) ont rapporté, d’après Wahb ibn Munabbih, que Nabuchodonosor, après avoir détruit le Temple de Jérusalem et asservi les Enfants d’Israël pendant sept ans, fit un rêve grandiose qui l’effraya. Il convoqua prêtres et devins, et leur demanda d’en donner l’interprétation. Ils lui dirent : « Que le roi nous raconte son rêve et nous en ferons l’explication. » Il répondit : « Je l’ai oublié. Si vous ne me le révélez pas dans un délai de trois jours, je vous tuerai tous jusqu’au dernier. » Ils s’en allèrent, effrayés par sa menace.
Daniel (que la paix soit sur lui), qui se trouvait alors en prison, l’apprit. Il dit à son geôlier : « Va lui annoncer qu’il y a ici un homme capable de connaître son rêve et de l’interpréter. » Le geôlier en informa Nabuchodonosor, qui le fit aussitôt venir. À son arrivée, Daniel ne se prosterna pas. Le roi lui demanda : « Qu’est-ce qui t’empêche de te prosterner devant moi ? » Daniel répondit : « Dieu m’a donné la science et m’a enseigné, et m’a ordonné de ne me prosterner devant personne d’autre que Lui. » Nabuchodonosor dit alors : « J’apprécie ceux qui restent fidèles aux engagements envers leurs maîtres. Fais-moi donc connaître mon rêve. »
Daniel déclara : « Tu as vu une statue gigantesque, dont les pieds s’enfonçaient dans la terre et dont la tête atteignait le ciel. Sa partie supérieure était en or, son milieu en argent, sa partie inférieure en bronze, ses jambes en fer et ses pieds en argile. Alors que tu l’observais, émerveillé par sa beauté et la perfection de son façonnement, Dieu la frappa d’une pierre lancée du ciel : elle tomba sur le sommet de la statue et la réduisit en poussière. Or, l’or, l’argent, le bronze, le fer et l’argile se mêlèrent si intimement qu’il t’apparut impossible à tous les hommes et aux djinns réunis de les séparer. Ensuite, tu as vu la pierre s’agrandir, se déployer jusqu’à remplir la terre entière, de sorte qu’il ne restait plus rien d’autre à contempler que cette pierre et le ciel. »
Nabuchodonosor s’exclama : « Voilà en effet le songe que j’ai fait. Mais quelle en est l’interprétation ? » Daniel répondit : « Cette statue représente des nations diverses au début, au milieu et à la fin des temps. Quant à la pierre qui l’a frappée, c’est la religion que Dieu enverra contre ces nations en la faisant triompher à la fin des temps. Il suscitera un Prophète illettré issu des Arabes, avec qui Il soumettra ces peuples et leurs religions, tout comme la pierre a détruit les diverses parties de la statue. Dieu fera prévaloir son Envoyé sur toutes les religions et toutes les nations, comme tu as vu la pierre l’emporter sur la terre entière. Ainsi, par lui, Dieu purifiera la vérité, anéantira le faux, guidera les égarés, instruira ceux qui ne savent ni lire ni écrire, fortifiera les faibles, élèvera les opprimés et donnera la victoire à ceux qui subissent l’injustice. » Il raconta ensuite la suite de l’histoire, mentionnant la libération des Enfants d’Israël par Nabuchodonosor sur l’intercession de Daniel (que la paix soit sur lui).
Al-Waqidî a rapporté par ses chaînes de transmission l’histoire de la venue d’al-Mughîra ibn Shu‘ba auprès d’al-Muqawqis, le roi d’Alexandrie, et de son questionnement portant sur les traits du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue), proche de celui qu’Héraclius adressa à Abû Sufyân ibn Harb. Il mentionna aussi son interrogation auprès des évêques dans les églises au sujet de la description du Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) et la réponse qu’ils lui donnèrent. C’est un long récit qu’Al-Hâfiẓ Abû Nu‘aym rapporta dans son ouvrage « al-Dalâʾil » (2).
Il est par ailleurs établi dans le « Ṣaḥīḥ » que le Messager de Dieu (que Dieu le bénisse et le salue) passa un jour devant la midrâs (3) des Juifs et leur dit : « Ô Juifs, devenez musulmans ! Par Celui qui tient mon âme dans Sa main ! Vous trouvez assurément ma description dans vos Livres… » (selon le ḥadîth).