Abû Nuʿaym déclara (1) : « Nous a rapporté Sulaymân ibn Aḥmad, qui nous a rapporté Muḥammad ibn Zakariyyâ al-Ghallâbî, qui nous a rapporté al-ʿAbbâs ibn Bakkâr aḍ-Ḍabbî, qui nous a rapporté Abû Bakr al-Hudhalî, d’après ʿIkrima, d’après Ibn ʿAbbâs, lequel a dit :
Al-ʿAbbâs a dit : “Je partis pour un voyage commercial au Yémen en compagnie d’un groupe, parmi lesquels se trouvait Abû Sufyân ibn Ḥarb. Une fois arrivé au Yémen, je préparais un repas un jour et j’invitais Abû Sufyân ainsi que d’autres compagnons à me rejoindre, puis Abû Sufyân préparait lui-même un repas le lendemain et nous invitait de la même manière.
Un jour où c’était à mon tour de cuisiner, il me dit : ‘Ô Abû al-Faḍl, accepterais-tu de te rendre chez moi et d’envoyer ton plat pour que je puisse le servir ?’ Je répondis : ‘Oui.’ Je m’y rendis donc avec le groupe, puis j’envoyai le repas. Après que les gens eussent déjeuné, ils se levèrent, mais Abû Sufyân me retint et me dit : ‘Sais-tu, ô Abû al-Faḍl, que ton neveu prétend être le Messager de Dieu ?’ Je lui demandai : ‘Lequel de mes neveux ?’ Abû Sufyân répondit : ‘Tu ne me caches pas la vérité, n’est-ce pas ? Qui donc, parmi tes neveux, oserait dire cela si ce n’était qu’une seule personne ?’ Je demandai : ‘De qui s’agit-il ?’ Il répliqua : ‘C’est Muḥammad ibn ʿAbd Allâh.’ Je lui dis : ‘Il en est donc arrivé là ?’ Il dit : ‘Oui, il a fait cela.’ Puis il sortit une lettre qui disait, de la main de son fils Ḥanẓala ibn Abî Sufyân : ‘Je t’informe que Muḥammad s’est levé à al-Abṭaḥ et a déclaré : “Je suis un Messager, je vous invite à Dieu – glorifié soit Sa majesté –.”’
Al-ʿAbbâs dit : ‘Je répondis : “Je le trouve, ô Abû Ḥanẓala, véridique.” (2) Abû Sufyân s’écria : “Prends garde, ô Abû al-Faḍl ! Par Dieu, je n’aime pas t’entendre tenir de tels propos. Je crains qu’il ne m’arrive un malheur à cause de cette affaire. Ô Banû ʿAbd al-Muṭṭalib, par Dieu ! Les Quraysh n’ont jamais cessé de prétendre que vous aviez ceci ou cela (3), et chacun de ces deux traits représente un summum. Je t’en conjure, ô Abû al-Faḍl, l’as-tu entendu dire ?” Je dis : ‘Oui, je l’ai entendu.’ Il poursuivit : “Voilà donc, par Dieu, votre signe funeste !” Je répliquai : “Peut-être est-ce pour nous un bon présage.”
Al-ʿAbbâs dit encore : ‘Il ne se passa que quelques nuits (4) avant qu’ʿAbd Allâh ibn Ḥudhâfa ne revînt avec la nouvelle, déjà converti. Elle se propagea dans les assemblées du Yémen. Or, Abû Sufyân y tenait une séance à laquelle un rabbin juif se joignait.
Ce rabbin lui demanda : “Quelle est cette nouvelle ? J’ai entendu dire que, chez vous, l’oncle de cet homme qui tient de tels propos était présent.” Abû Sufyân répondit : “C’est vrai, et je suis son oncle.” Le juif demanda : “Son oncle paternel ?” “Oui”, répondit-il. “Parle-moi de lui.” Abû Sufyân s’exclama : “Ne m’interroge pas. Je ne souhaite pas qu’il revendique jamais cette affaire, et je ne veux pas non plus le dénigrer. D’autres que lui valent mieux à mes yeux.” Le juif comprit alors qu’il ne le critiquait pas, sans pour autant l’encenser.
Le juif reprit : “Cela ne porte pas préjudice (6) aux juifs, et je jure par la Torah de Mûsâ.” Al-ʿAbbâs dit : ‘Le rabbin m’appela, et je me rendis le lendemain au même endroit, où se trouvaient Abû Sufyân ibn Ḥarb et le rabbin. Je dis alors au rabbin : “J’ai appris que tu as questionné mon cousin au sujet d’un homme parmi nous qui prétend être Muḥammad, le Messager de Dieu ﷺ, et qu’il t’a répondu qu’il en était l’oncle, mais qu’il n’est…”’