[Mention de récits étonnants à ce propos]
Abû Nuʿaym a dit dans « al-Dalâʾil » (1) : « Sulaymân ibn Aḥmad nous a rapporté, (en disant) : Muḥammad ibn Zakariyyâ al-Ghallâbî nous a rapporté, (en disant) : al-ʿAlâʾ ibn al-Faḍl ibn ʿAbd al-Malik ibn Abî al-Sawiyya al-Minqarî nous a rapporté, (en disant) : ʿAbbâd ibn Kasîb nous a rapporté, de son père, de Abû ʿItwârah al-Khuzâʿî, de Saʿr (2) ibn Suwâdah al-ʿÂmirî, qui raconta :
« J’étais le serviteur (‘asîf) d’une éminente dame du clan : je montais pour elle toutes sortes de montures, fougueuses comme dociles (3). Je ne laissais aucun pays où j’espérais réaliser un profit dans le commerce sans m’y rendre. Je revins donc du Shâm avec des récoltes et du mobilier, dans l’intention de les vendre à la grande foire (6) et de viser ainsi la foule des Arabes. En arrivant de nuit à La Mecque, sous un ciel profondément sombre, j’y demeurai jusqu’à ce que la robe de la nuit se soit dissipée. Alors je levai les yeux et je vis des tentes élevées au sommet des montagnes, faites de peaux de Ṭâʾif (7). On abattait déjà les chameaux, et d’autres bêtes étaient conduites. Des gens, pressés et empressés autour des cuisiniers, criaient : “Dépêchez-vous, dépêchez-vous !”
« Je vis un homme qui s’occupait de tout cela depuis un terrain un peu en hauteur, appelant : “Ô hôtes de Dieu, venez prendre votre petit-déjeuner !” Et deux personnes, plus bas sur le chemin, proclamaient : “Ô hôtes de Dieu, que celui qui a mangé avance pour le dîner !” Tout ce spectacle m’impressionna (8). Je m’approchai donc pour trouver le chef de ces gens. Quelqu’un, comprenant ce que je cherchais, me dit : “Il est devant toi.” Alors j’aperçus un vieillard dont les joues ressemblaient à des sillons (9), le front brillant comme l’étoile Sirius, coiffé d’un turban noir. Il laissait sortir d’un pan de son vêtement une opulente chevelure tombante, pareille à (Sāsam) (10)—dans certaines versions, il est dit qu’il était assis sur un siège appelé ‘kursiyyu Sāsam’—et devant lui se trouvait un coussin. Il tenait en main un bâton qu’il faisait tourner entre ses doigts (11). Des notables âgés, la tête penchée, étaient assis autour de lui, et pas un seul ne prononçait la moindre parole.
« Or, j’avais entendu, au Shâm, une rumeur annonçant la venue du Prophète illettré et que c’était pour bientôt… »