Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Je partis pour rejoindre ma famille afin de leur annoncer la nouvelle, mais je fus absorbé par cette tâche, si bien que lorsque je voulus rattraper cet homme, je ne pus le rejoindre et j’ignorais où il était parti. Chaque fois que j’interrogeais un groupe de gens à son sujet, ils me répondaient : « Il est devant toi. » Finalement, je rencontrai une caravane d’Arabes de la tribu des Banû Kalb. Je les questionnai et, entendant ma langue, l’un d’eux fit agenouiller son chameau et me prit derrière lui, jusqu’à ce qu’ils m’emmenèrent en leur pays. Ils me vendirent, et une femme des Anṣâr m’acheta et me plaça dans son verger. Alors le Messager de Dieu (ﷺ) arriva.

Il est ensuite rapporté qu’en allant vers lui, j’apportai l’aumône (ṣadaqa) et un présent (hadiyya) pour vérifier ce qu’avait dit mon compagnon. Je voulais aussi voir le Sceau de la Prophétie. Dès que je le vis, je crus aussitôt et j’informai le Messager de Dieu (ﷺ) de ce qui m’était arrivé. Il dit : « Le Messager de Dieu (ﷺ) ordonna alors à Abû Bakr aṣ-Ṣiddîq de m’acheter à ma maîtresse, puis il me libéra. »

Je dis encore : « Un jour, je l’interrogeai au sujet de la religion des chrétiens, et il me répondit : “Il n’y a rien de bon en eux.” » Cela me troubla beaucoup, en pensant à ceux que j’avais fréquentés et à l’homme pieux qui était avec moi à Bayt al-Maqdis. Une grande inquiétude me gagna jusqu’à ce que Dieu révélât à Son Messager (ﷺ) : « Tu trouveras sûrement que ceux qui s’opposent le plus violemment aux croyants sont les Juifs, ainsi que les associateurs [...] et tu trouveras certainement que les plus proches par leur affection envers les croyants sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enorgueillissent pas » (Coran 5 : 82).

Le Messager de Dieu (ﷺ) m’appela alors. Je vins à lui, craintif, et je m’assis devant lui. Il récita : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux : “...car il y a parmi eux des prêtres et des moines, et ils ne s’enorgueillissent pas.” » [Al-Mâ’ida : 82]. Puis il dit : « Ô Salmân, ceux que tu as fréquentés et ton compagnon n’étaient pas des chrétiens, ils étaient musulmans. » Je lui dis : « Ô Messager de Dieu, par Celui qui t’a envoyé en toute vérité, il m’avait bien ordonné de te suivre ! » Je lui demandai alors : « Et s’il m’avait commandé de délaisser ta religion et ce sur quoi tu es ? » Il me répondit : « Abandonne-la. En effet, la vérité et ce qui satisfait Dieu résident dans ce qu’il t’ordonne. »

Ce récit renferme de nombreuses particularités et diverge quelque peu de la version de Muḥammad ibn Isḥâq. Or, la voie de transmission de Muḥammad ibn Isḥâq est plus solide, son récit mieux structuré, et il est plus proche de la version rapportée par al-Bukhârî dans son Ṣaḥîḥ(2), d’après Muʿtamir ibn Sulaymân ibn Ṭarkhân at-Taymî, qui le tenait de son père, lui-même le tenant d’Abû ʿUthmân an-Nahdî, d’après Salmân al-Fârisî. Selon ce hadith, il fut acheté et revendu plus d’une dizaine de fois, passant d’un maître à un autre, c’est-à-dire d’un enseignant à un autre(3), d’un éducateur à un autre, et Dieu est plus savant.

As-Suhaylî(4) a dit : « Il fut transmis à trente maîtres, de maître en maître. Dieu est plus savant. » De même, le ḥâfiẓ Abû Nuʿaym a relaté en détail son histoire dans son ouvrage “Dalâʾil”(5), mentionnant de nombreuses chaînes de transmission et variantes. Dans certaines d’entre elles, il est indiqué que le nom de la maîtresse de Salmân, avec qui il conclut le contrat (de libération), était Khulaysa(6). Dieu est plus savant.

(1) Ce qui est entre crochets ne figure pas dans le Ḥ et le verset est celui de la sourate Al-Māʾidah, verset 82. (2) Al-Fatḥ al-Bārī (3946), Livre des mérites des Ansār, chapitre sur l’islam de Salman al-Fārisī ﷺ. (3) Ibn Ḥajar dit dans al-Fatḥ (7/277) : « c’est-à-dire de maître à maître », comme s’il n’avait pas reçu le ḥadīth d’Abū Hurayrah interdisant d’appeler un maître « Rabb ». (4) Dans ar-Rawḍ (1/251). (5) (1/258) et ce qui suit. (6) Dans Ḥ : Ḥulaysah avec un hāʾ aspiré et un ḍamma au-dessus, dans Ṭ : Ḥalbasah, et les deux sont des erreurs d’écriture dont Ibn Ḥajar a signalé dans al-Iṣābah (4/279) au 4e volume de la lettre Ḥāʾ, puis il a rapporté sa biographie dans la lettre Ḫāʾ à hamza (4/286). Et l’histoire de la vente =
أذهبَ إلى أهلي فأبشِّرَهُم، فاشتغلتُ به، ثم أدركتُ الرجل فلم ألحقه ولم أدْرِ أين ذهب، وكلَّما سألتُ عنه قومًا قالوا: أمامك، حتى لقيني ركبٌ من العرب من بني كلب، فسألتهم، فلما سمعوا لغتي أناخ رجلٌ منهم بعيرَه، فحملني خلفه، حتى أتَوْا بي بلادَهم. فباعوني، فاشترَتْني امراةٌ من الأنصار، فجعلَتْني في حائطٍ لها، وقدِم رسولُ الله ﷺ . ثم ذكر ذهابَهُ إليه بالصَّدَقةِ والهديَّة ليستعلم ما قال صاحبُه، ثم تطلَّب النظر إلى خاتم النبوَّة، فلما رآه آمن من ساعته. وأخبر رسولَ الله خبرَهُ الذي جرى له. قال: فأمر رسولُ الله ﷺ أبا بكر الصديق، فاشتراه من سيدته فأعتقه. قال: ثم سألتُه يومًا عن دين النصارى، فقال: "لا خير فيهم" . قال: فوقع في نفسي من أولئك الذين صحِبْتُهم، ومن ذلك الرجل الصالح الذي كان معي ببيت المقدس، فدخلني من ذلك أمْرٌ عظيم، حتى أنزل الله على رسول الله ﷺ : ﴿[لَتَجِدَنَّ أَشَدَّ النَّاسِ عَدَاوَةً لِلَّذِينَ آمَنُوا الْيَهُودَ وَالَّذِينَ أَشْرَكُوا﴾ (١) ﴿وَلَتَجِدَنَّ أَقْرَبَهُمْ مَوَدَّةً لِلَّذِينَ آمَنُوا الَّذِينَ قَالُوا إِنَّا نَصَارَى ذَلِكَ بِأَنَّ مِنْهُمْ قِسِّيسِينَ وَرُهْبَانًا وَأَنَّهُمْ لَا يَسْتَكْبِرُونَ (٨٢) ﴾. فدعاني رسولُ الله ﷺ فجئتُ وأنا خائف، فجلستُ بين يديه، فقرأ: بسم الله الرحمن الرحيم: ﴿ذَلِكَ بِأَنَّ مِنْهُمْ قِسِّيسِينَ وَرُهْبَانًا وَأَنَّهُمْ لَا يَسْتَكْبِرُونَ (٨٢) ﴾ الآيات [المائدة: ٨٢] ، ثم قال: "يا سلمان، أولئك الذين كنتَ معهم وصاحِبُك لم يكونوا نَصارى، كانوا مسلمين" فقلت: يا رسول الله، والذي بعثك بالحق لهو أمرني باتِّباعك، فقلت له: فإن أمرني بترك دينك وما أنت عليه؟ قال: نعم فاتركه، فإنَّ الحق وما يرضي الله فيما يأمرك. وفي هذا السياق غرابةٌ كثيرة، وفيه بعضُ المخالفة لسياق محمد بن إسحاق، وطريق محمد بن إسحاق أقوى إسنادًا وأحسن اقتصاصًا، وأقرب إلى ما رواه البخاريُّ في صحيحه (٢) ، من حديث معتمر بن سليمان بن طَرْخان التَّيْمي عن أبيه، عن أبي عثمان النَّهْدي، عن سلمانَ الفارسي، أنَّهُ تداوَلَهُ بضعةَ عشرَ، من ربٍّ إلى ربّ. أي: من معلِّم إلى معلِّم (٣) ، ومُرَبٍّ إلى مثله، والله أعلم. قال السُّهيلي (٤) : تداولَهُ ثلاثونَ سيدًا، من سَيِّد إلى سَيِّد. فالله أعلم. وكذلك استقصى قصةَ إسلامِهِ الحافظُ أبو نعيم في "الدلائل" (٥) ، وأورد لها أسانيدَ وألفاظًا كثيرة، وفي بعضها أنَّ اسْمَ سيِّدتِه التي كاتبَتْه خُليسة (٦) . فالله أعلم.
(١) ما بين المعقوفين ليس في ح والآية في سورة المائدة الآية (٨٢). (٢) فتح الباري (٣٩٤٦) كتاب مناقب الأنصار باب إسلام سلمان الفارسي ﵁ . (٣) قال ابن حجر في الفتح (٧/ ٢٧٧): أي من سيد إلى سيد، وكأنه لم يبلغه حديث أبي هريرة في النهي عن إطلاق رب على السيد. (٤) في الروض (١/ ٢٥١). (٥) (١/ ٢٥٨) وما بعدها. (٦) في ح: حُليسة بحاء مهملة وضمة فوقها، وفي ط: حلبسة، وكلاهما تصحيف نبه عليه ابن حجر في الإصابة (٤/ ٢٧٩) في القسم الرابع من حرف الحاء، ثم ساق ترجمتها في حرف الخاء المعجمة (٤/ ٢٨٦) وقصة بيع =

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