Il le haïssait, puis il l’emmena avec lui. Ils trouvèrent alors un groupe de six ou sept hommes, comme si leurs âmes s’étaient épuisées par l’adoration : ils jeûnaient le jour, veillaient la nuit en prière, et se nourrissaient d’arbres et de tout ce qu’ils trouvaient. On rapporta qu’ils croyaient aux Messagers antérieurs et qu’ils considéraient Jésus comme le serviteur de Dieu, Son Messager et le fils de Sa servante, soutenu par des miracles.
Ils lui dirent : « Ô jeune homme, tu as un Seigneur et tu as un retour vers Lui ; tu as devant toi le Paradis et l’Enfer. Quant à ces gens qui adorent le feu, ils sont dans la mécréance et l’égarement. Dieu n’est pas satisfait de ce qu’ils font, et ils ne suivent aucune religion. »
Alors il se mit à aller et venir avec ce jeune homme auprès d’eux, et Salman s’attacha complètement à leur groupe. Or, le roi de ce pays – qui était le père du jeune homme ayant accompagné Salman – les contraignit à quitter son territoire et retint son fils auprès de lui. Salman exposa leur religion à son frère aîné, lequel lui répondit : « Je suis occupé par mes propres affaires à chercher mon gagne-pain. » Salman partit donc avec ces hommes jusqu’à ce qu’ils entrent dans l’église de Mossoul ; les gens de l’église les saluèrent. Ils voulurent laisser Salman parmi eux, mais il refusa de les quitter. Ils poursuivirent leur route jusqu’à arriver dans une vallée entre deux montagnes, où les moines de la région descendirent pour les saluer. Ils s’assemblèrent autour d’eux, leur demandant la raison de leur absence prolongée, puis s’enquirent de Salman en faisant son éloge.
Sur ces entrefaites, un homme vénéré parmi eux arriva et leur adressa un sermon : il loua Dieu comme Il le mérite, mentionna les Messagers et les preuves qui leur avaient été accordées, et évoqua Jésus, fils de Marie, affirmant qu’il était serviteur de Dieu et Son Messager. Il leur recommanda le bien et leur interdit le mal. Lorsqu’ils voulurent repartir, Salman le suivit et s’attacha à lui.
« Il (cet homme) jeûnait le jour et veillait la nuit, du dimanche au dimanche. Ensuite il sortait pour prêcher auprès des gens, en leur commandant le bien et en leur interdisant le mal. Il persévéra ainsi pendant une longue période. Puis il voulut se rendre à Bayt al-Maqdis (Jérusalem), et Salman l’y accompagna. »
Salman dit : « Tandis que nous marchions, il se tournait souvent vers moi pour m’adresser des exhortations, m’informer que j’ai un Seigneur et qu’il y a devant moi le Paradis, l’Enfer et le Jugement. Il m’enseignait et me rappelait les mêmes choses qu’il rappelait aux fidèles le dimanche. »
Il déclara encore : « Il me disait : “Ô Salman, en vérité Dieu va susciter un Messager dont le nom est Ahmad. Il sortira de Tihâma (1). Il acceptera de manger ce qui lui est offert en cadeau, mais n’acceptera pas ce qui provient d’une aumône. Entre ses épaules se trouve un sceau. L’époque de son apparition est proche. Pour ma part, je suis un vieil homme et je ne crois pas pouvoir le rencontrer. Mais si toi, tu le rencontres, alors crois en lui et suis-le.” »
J’interrogeai cet homme : « Et s’il m’ordonne d’abandonner ta religion et ce à quoi tu t’attaches ? » Il me répondit : « Même s’il t’en donne l’ordre, car la vérité est dans ce qu’il apportera, et la satisfaction du Miséricordieux est dans ce qu’il dira. »
Ensuite il raconta comment ils arrivèrent à Bayt al-Maqdis, et comment son compagnon y pria en divers endroits avant de dormir. Il l’avait chargé de le réveiller lorsque l’ombre atteindrait un point précis, mais Salman le laissa se reposer un peu plus longtemps. À son réveil, il se souvint de Dieu et fit des reproches à Salman pour ne pas avoir suivi son instruction. Puis ils quittèrent Jérusalem.
Un homme impotent l’interpela alors, disant : « Ô serviteur de Dieu, je t’ai demandé quelque chose à ton arrivée et tu ne m’as rien donné. Me voici qui te redemande. » Ne voyant personne d’autre aux alentours, il prit la main de l’homme en disant : « Lève-toi, au nom de Dieu. » L’homme se leva immédiatement, pleinement guéri, comme s’il venait d’être délié. Il me dit alors : « Ô serviteur de Dieu, porte mes affaires pour moi jusqu’à… »