Voici sa parole :
« L’affirmation : “Si tu m’as dit vrai, ô Salman, alors tu as bien rencontré ‘Isa (Jésus) fils de Mariam” est très étrange, voire rejetée. Car la période dite “intervalle” (fatra) a été estimée, au plus bas, à quatre cents ans, et certains ont même avancé six cents ans selon le calendrier solaire. Or, pour Salman, la plus longue durée de vie qu’on lui attribue est de trois cent cinquante ans. Al-‘Abbâs ibn Yazîd al-Bahrânî a rapporté le consensus de ses maîtres selon lequel il vécu deux cent cinquante ans, avec des divergences sur un possible allongement jusqu’à trois cent cinquante ans. Dieu seul sait. Il apparaît qu’il aurait plutôt déclaré : “Tu as rencontré le légataire (‘waṣî’) de ‘Isa fils de Mariam”. Cela est plausible. (1)
As-Suhaylî (2) dit : l’homme resté anonyme serait al-Hasan ibn ‘Umâra, considéré comme faible [selon leur consensus]. Si le récit est véridique, il n’y a rien à y redire. En effet, Ibn Jarîr a rapporté que le Messie serait descendu du ciel après son élévation ; il trouva alors sa mère et une autre femme pleurant près du tronc de celui qui avait été crucifié. Il les informa qu’il n’avait pas été tué et envoya ensuite les apôtres. As-Suhaylî ajoute : s’il lui a été possible de descendre une fois, il peut descendre à plusieurs reprises. Il descendra visiblement lors de l’événement où il brisera la croix, tuera le porc et épousera alors une femme de la tribu de Banû Judhâm. À sa mort, il sera enterré dans la chambre voisine de la noble tombe du Messager de Dieu (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui).
Al-Bayhaqî a rapporté cette histoire de Salman dans son ouvrage « Dalâ’il an-Nubuwwah » (3), par la voie de Yûnus ibn Bukayr, de Muhammad ibn Ishâq, comme il a été mentionné précédemment. Il la transmet également (4) d’après al-Hâkim, d’après al-Aṣamm, d’après Yahyâ ibn Abî Tâlib : « ‘Ali ibn ‘Âṣim nous a rapporté ; Hâtim ibn Abî Ṣaghîra (5) nous a rapporté, d’après Simâk ibn Ḥarb, d’après Zayd (6) ibn Ṣuḥân, qu’il entendit Salman relater les circonstances de sa première conversion à l’islam. » Il rapporte un récit long, mentionnant qu’il était originaire de Râmahurmuz (7), qu’il avait un frère aîné fortuné alors que Salman était pauvre et dépendait de lui, et qu’il avait pour ami le fils du dihqân (8). Celui-ci venait à fréquenter un maître, et se rendait également chez des moines chrétiens qui se tenaient dans une grotte. Salman souhaita l’accompagner. Le fils du dihqân lui répondit : « Tu es trop jeune et j’ai peur que tu ne les dénonces à mon père, qui les tuerait. » Salman lui jura qu’aucune telle chose ne se produirait. »