Je l’ai entendue, et la fièvre (1) m’a saisi au point que j’ai cru que j’allais tomber sur mon maître. Je suis donc descendu du palmier, et j’ai commencé à dire à son cousin : « Qu’as-tu dit ? Qu’as-tu dit ?» Alors, mon maître s’est mis en colère et m’a asséné un violent coup de poing, puis il a déclaré : « Que t’importe ? Occupe-toi de ton travail. » J’ai répondu : « Rien, je voulais simplement m’éclaircir au sujet de ce qu’il avait dit (2). »
J’avais réuni un certain bien ; quand le soir tomba, je le pris et allai trouver le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) à Qubâ’. J’entrai auprès de lui et lui dis : « On m’a rapporté que tu es un homme de bien, accompagné de compagnons étrangers dans le besoin ; voici donc un bien que je destinais à l’aumône et j’ai jugé que vous y aviez plus droit que d’autres. » Je le lui présentai, et le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) dit à ses compagnons : « Mangez. » Quant à lui, il retint sa main et ne mangea pas. Je me suis alors dit en moi-même : « Voilà un premier indice. »
Je m’éloignai ensuite de lui et réunis d’autres provisions, tandis que le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) s’en alla à Médine. Puis je revins à lui [avec ce que j’avais préparé] (3) et je lui dis : « J’ai remarqué que tu ne mangeais pas de l’aumône ; voici donc un présent dont je t’honore. » Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) en mangea et ordonna à ses compagnons d’en faire de même. Je me suis alors dit en moi-même : « Voilà donc deux indices. »
Plus tard, je me rendis auprès du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) alors qu’il se trouvait au Baqîʿ al-Gharqad, où il avait suivi la dépouille d’un de ses compagnons (4). Je portais deux manteaux et il était assis parmi ses compagnons. Je le saluai, puis je me plaçai derrière lui pour regarder son dos, afin de voir si je pouvais apercevoir le sceau que m’avait décrit mon compagnon. Quand le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) me vit ainsi, il comprit que je cherchais à vérifier quelque chose qu’on m’avait décrit. Il retira alors son manteau de son dos ; je vis le sceau et je le reconnus ; je me jetai sur lui, l’embrassai et me mis à pleurer. Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) me dit : « Tourne-toi par ici. » Je me plaçai alors devant lui et lui racontai mon histoire, comme je te la rapporte, ô Ibn ‘Abbâs. Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) fut heureux que ses compagnons l’entendent. Cependant, l’esclavage retint Salmân de sorte qu’il manqua Badr et Uhud aux côtés du Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix).
Salmân déclara : « Puis le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) me dit : “Conclue un contrat d’affranchissement (Kâtib), ô Salmân.” Je me suis donc engagé auprès de mon maître à planter trois cents palmiers pour lui à al-Faqîr (5), et à lui verser quarante onces d’or. » Le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) dit alors à ses compagnons : « Aidez votre frère. » Ils m’aidèrent en m’apportant des plants de palmiers : les uns m’en donnèrent trente (6), d’autres vingt, d’autres quinze, d’autres dix (7). Chacun donnait selon ses moyens, si bien que j’obtins trois cents plants. Puis le Messager de Dieu (que Dieu lui accorde Sa grâce et Sa paix) me dit : « Va, ô Salmân, et plante-les. »