Lorsque son maître mourut et fut enseveli, je rejoignis l’homme de Nasîbîn et l’informai de mon histoire ainsi que de la recommandation qu’avait formulée mon précédent maître à mon égard. Il me dit : « Reste chez moi », et je laissai le temps s’écouler à ses côtés. Je constatai qu’il suivait la même voie que ceux qui l’avaient précédé, et je vivais donc auprès d’un homme vertueux. Par Dieu, il ne tarda pas à être atteint par la mort. Quand la fin fut proche, je lui dis : « Ô toi, untel ! En vérité, untel m’avait confié à untel, puis untel m’avait confié à untel. À présent, à qui me confies-tu et que m’ordonnes-tu ? » Il me répondit : « Mon fils, par Dieu, je ne connais personne qui soit demeuré sur notre chemin hormis un homme à ‘Ammûriyya, en terre byzantine, et qui est resté fidèle à ce que nous pratiquons. Si tu le souhaites, rends-toi auprès de lui, car il est sur notre voie. »
Lorsque cet homme mourut et fut enseveli, je gagnai donc celui de ‘Ammûriyya et l’informai de mon récit. Il me dit : « Reste chez moi. » Ainsi demeurai-je auprès du plus vertueux des hommes, suivant la même guidance et les mêmes préceptes que ses compagnons. Je parvins à acquérir quelques vaches et une petite troupe de moutons. Puis, l’Ordre de Dieu s’abattit sur lui également. Quand il fut à l’agonie, je lui dis : « Ô toi, untel ! J’étais avec untel qui m’a confié à untel, puis untel m’a confié à untel, et celui-ci, à son tour, m’a recommandé auprès de toi. Maintenant, à qui vas-tu me confier et que m’ordonnes-tu ? » Il répondit : « Ô mon fils, par Dieu, je ne connais personne parmi les hommes qui soit encore sur ce que nous pratiquions. Toutefois, le temps est proche de la venue d’un Prophète envoyé afin de rétablir la religion d’Ibrahim. Il apparaîtra en terre d’Arabie et émigrera vers un pays bordé par deux champs volcaniques, entre lesquels s’étend un verger de palmiers. Il porte des signes indubitables : il consomme ce qu’on lui offre comme présent, mais ne mange pas de l’aumône ; il porte entre ses deux épaules le sceau de la prophétie. Si tu en es capable, rends-toi dans ce pays. »
Après sa mort et son ensevelissement, je demeurai à ‘Ammûriyya tant que Dieu le voulut. Puis, il arriva que des marchands de la tribu de Kalb passèrent par là. Je leur dis : « Emmenez-moi en terre d’Arabie et je vous donnerai mes vaches et mes moutons. » Ils acceptèrent, je leur cédai donc mes bêtes et ils me firent voyager avec eux. Quand nous parvînmes à Wâdî al-Qurâ, ils agirent injustement envers moi et me vendirent comme esclave à un homme juif. Je restai à son service, et en voyant le verger de palmiers, j’espérais que ce fût la contrée décrite par mon maître. Toutefois, mon cœur n’en fut pas pleinement convaincu. Alors que j’étais toujours chez cet homme, un cousin à lui, des Banû Qurayza habitant Médine, vint le voir et m’acheta, puis m’emmena à Médine. Par Dieu, quand mes yeux découvrirent la ville, je la reconnus telle que mon maître la décrivait, et j’y demeurai.
Le Messager de Dieu (ﷺ) fut alors investi de sa mission et demeura à La Mecque tout le temps qu’il y passa, mais je n’entendis pas parler de lui, accaparé que j’étais par mon servage. Quand il émigra à Médine, par Dieu, un jour où je me trouvais juché au sommet d’un régime de dattes de mon maître pour y accomplir une tâche, tandis que mon maître était assis en dessous, un cousin à lui arriva et s’arrêta devant lui en disant : « Ô untel, que Dieu anéantisse les Banû Qayla ! Les voilà rassemblés maintenant à Qubâ autour d’un homme venu aujourd’hui de La Mecque, qui prétend être un Prophète. » Salman dit alors : « Lorsque… »