Il dit : « J’ai répondu : “Non, par Dieu ! Il est meilleur que notre religion.” » Il poursuivit : « Il me craignit alors, m’enchaîna le pied et m’enferma chez lui. J’envoyai des messagers aux chrétiens en leur disant : “Lorsque des voyageurs de Syrie arriveront chez vous, informez-moi.” Puis un groupe venu de Syrie arriva, et les chrétiens vinrent me prévenir (1). Je leur dis : “Quand ils auront accompli leurs affaires et voudront repartir chez eux, avertissez-moi.” Lorsque ces voyageurs se décidèrent à rentrer, ils m’en informèrent ; j’ôtai alors le fer de mon pied, et je partis avec eux jusqu’à mon arrivée en Syrie.
Une fois en Syrie, je demandai : “Qui est le plus savant dans cette religion ?” Ils répondirent : “C’est l’évêque à l’église.” Alors je me rendis auprès de lui et lui dis : “J’ai ressenti de l’attrait pour cette religion ; j’aimerais demeurer avec toi, te servir dans ton église, apprendre de toi et prier avec toi.” Il me dit d’entrer. Or, je découvris que c’était un homme mauvais : il exhortait les gens à faire l’aumône et les y encourageait, mais, lorsqu’ils lui apportaient quoi que ce fût, il l’amassait pour lui-même sans rien distribuer aux pauvres, au point d’accumuler sept grandes jarres d’or et d’argent. Je le détestai profondément en voyant son comportement. Lorsqu’il mourut, les chrétiens se rassemblèrent pour l’enterrer. Je leur dis : “Cet homme était mauvais : il vous incitait à la charité, mais amassait vos biens pour lui-même sans rien donner aux indigents.” Ils me demandèrent comment je le savais. Je leur dis : “Je peux vous indiquer où se trouve son trésor.” Je leur indiquai donc l’endroit, ils en sortirent sept jarres pleines d’or et d’argent. À cette vue, ils déclarèrent qu’ils ne l’enterreraient jamais. Ils le crucifièrent et le lapidèrent, puis désignèrent un autre homme à sa place.
Salmân raconta : « Je n’avais jamais vu quelqu’un qui ne priait pas les cinq prières (obligatoires) et que j’estimais néanmoins meilleur que lui : il était plus détaché de ce bas monde, plus avide de l’au-delà, et plus assidu jour et nuit. Je l’aimai d’un amour que je n’avais jamais éprouvé auparavant. Je demeurai un certain temps auprès de lui, jusqu’à ce que la mort l’atteigne. Alors je lui dis : “J’ai vécu avec toi et je t’ai aimé d’un amour sans égal. Te voilà à présent atteint par ce que tu vois de l’ordre de Dieu. Vers qui m’ordonnes-tu de me tourner ? Que me conseilles-tu ?” Il me répondit : “Ô mon fils, par Dieu, je ne connais personne aujourd’hui qui soit resté tel que je l’étais. Les gens sont morts ou se sont égarés, abandonnant une grande partie de ce qu’ils pratiquaient auparavant. Sauf un homme à Mossoul, c’est untel : il demeure sur la même voie que moi. Rejoins-le donc.” »
Salmân poursuit : « À sa mort et une fois qu’on l’eut enterré, je partis donc pour Mossoul à la recherche de cette personne (2). Je lui dis : “Untel m’a, au moment de sa mort, conseillé de venir te trouver et m’a informé que tu es sur la même voie que lui.” Il me répondit : “Reste auprès de moi.” Je demeurai alors avec lui, et je le trouvai effectivement fidèle à la voie de son prédécesseur. Mais il ne tarda pas à mourir. Lorsque la mort l’atteignit, je lui dis : “Untel m’avait recommandé de te rejoindre, et voilà que tu es frappé par ce que tu vois de l’ordre de Dieu. Vers qui m’envoyer et que me conseiller ?” Il me répondit : “Ô mon fils, par Dieu, je ne connais personne demeurant encore sur ce que nous pratiquions, hormis un homme à Nasîbîn (4) : c’est untel. Rejoins-le donc.” »