« Puis il s’exclama : “Ô ennemi de Dieu, oses-tu dire au Messager de Dieu (ﷺ) ce que j’entends et faire ce que je vois ? Par Celui qui l’a envoyé avec la vérité, si je ne craignais pas son blâme (1), je t’aurais frappé à la tête de mon sabre.” Le Messager de Dieu (ﷺ) regardait alors ‘Umar avec calme, mesure et un sourire, puis il dit :
“Lui et moi avions besoin d’autre chose venant de toi, ô ‘Umar : que tu m’ordonnes de m’acquitter de ma dette avec bienveillance, et que tu lui recommandes de la réclamer avec douceur. Va donc avec lui, ô ‘Umar, acquitte-lui ce que je lui dois, et ajoute vingt sâ‘ de dattes.” (2)
C’est ainsi que Zayd ibn Sa‘na (– qu'Allah soit satisfait de lui –) embrassa l’islam et prit part aux autres campagnes aux côtés du Messager de Dieu (ﷺ). Il mourut l’année de l’expédition de Tabouk (– qu'Allah lui fasse miséricorde –).
Muhammad ibn Ishâq (– qu'Allah lui fasse miséricorde –) évoque ensuite la conversion de Salmân al-Fârisî (– qu'Allah soit satisfait de lui –), qu’Allah l’agrée, et rapporte (3) : ‘Âsim ibn ‘Umar ibn Qatâda al-Ansârî m’a transmis de la part de Mahmûd ibn Labîd, lui-même l’ayant reçu de ‘Abdallâh ibn ‘Abbâs, qui dit : “Salmân al-Fârisî me raconta lui-même ceci : ‘J’étais un homme perse, originaire d’Isfahân, d’un village appelé Jayy (4). Mon père était le grand notable (5) de son village. Parmi toutes les créatures, j’étais celle qu’il aimait le plus. Au point qu’il finit par m’enfermer chez lui, comme on enfermerait une jeune captive. Je m’investis alors pleinement dans la religion mazdéenne, au point de devenir le gardien (6) du feu qui devait rester constamment allumé, sans jamais s’éteindre, ne serait-ce qu’un instant (7).
Un jour, mon père, occupé à un chantier, me dit : ‘Mon fils, je suis pris par cette construction et je ne pourrai pas aller dans notre domaine aujourd’hui. Rends-toi-y et surveille-le pour moi, exécute ce que je t’ai demandé. Mais ne tarde pas, car si tu t’attardes, tu m’inquiéteras plus que l’état de mon domaine et tu me feras négliger toutes mes affaires.’ Je partis donc vers ce domaine. En chemin, je passai devant une église de chrétiens et j’entendis leurs voix alors qu’ils priaient. Je ne connaissais rien de la religion des gens, parce que mon père m’avait tenu enfermé. Intrigué, j’entrai pour observer leurs pratiques. Ce que je vis de leur prière me plut et me parut enviable. Je me dis : ‘Par Dieu, cela est meilleur que la religion que nous pratiquons.’ Je restai avec eux jusqu’au coucher du soleil, au point de délaisser totalement la consigne de mon père.
Quand vint le moment de partir, je leur demandai : ‘D’où provient votre religion ?’ Ils répondirent : ‘Du Shâm.’ Je retournai alors chez mon père, qui avait envoyé des gens à ma recherche et s’était distrait de toutes ses affaires par mon absence. Dès qu’il me vit, il s’écria : ‘Ô mon fils, où étais-tu ? Ne t’avais-je pas donné des instructions précises ?’ Je répondis : ‘Père, je suis passé par une église où des gens priaient, j’ai été séduit par ce que j’ai vu de leur religion, et je suis resté avec eux jusqu’à ce que le soleil se couche.’ Il me dit alors : ‘Ô mon fils, leur religion ne recèle aucun bien. Notre religion, celle de tes pères, est bien meilleure qu’elle.’” »