Ils la redoutaient. Un jour, alors qu’elle se chauffait au soleil sur le mur de la Ka’ba, comme elle en avait l’habitude, Dieu (Exalté soit-Il) envoya un oiseau qui la saisit (1) et s’envola avec elle.
Les Quraysh déclarèrent alors : « Nous espérons que Dieu Très-Haut a agréé ce que nous voulions entreprendre. Nous avons un ouvrier bienveillant, nous disposons de bois, et Dieu nous a épargné le serpent. »
As-Suhaylî rapporte de Razîn (2) qu’à l’époque de Jurhum, un voleur pénétra dans la Ka’ba pour en dérober le trésor, mais le puits s’effondra sur lui (3). Les gens vinrent alors le tirer de là et reprirent ce qu’il avait volé. Par la suite, un serpent dont la tête ressemblait à celle d’un chevreau, au ventre blanc et au dos noir, s’installa dans ce puits et y vécut cinq cents ans. C’est ce même reptile auquel fait référence Muḥammad ibn Isḥāq.
Muḥammad ibn Isḥāq (5) dit : « Lorsque les Quraysh se mirent d’accord pour démolir la Ka’ba et la reconstruire, Abū Wahb ibn ‘Amr ibn ‘Āʾidh ibn ‘Abd ibn ‘Imrān ibn Makhzūm (et selon Ibn Hishām : ‘Āʾidh ibn ‘Imrān ibn Makhzūm (6)) s’avança et saisit une pierre de la Ka’ba. Celle-ci bondit alors de sa main jusqu’à regagner sa place.
Il s’écria : “Ô gens de Quraysh, ne mettez dans sa construction que ce que vous avez acquis de façon licite ! N’y introduisez ni la dot d’une prostituée, ni le produit de l’usure, ni quoi que ce soit de pris injustement à autrui.” On attribue pourtant souvent ces propos à al-Walīd ibn al-Mughīra ibn ‘Abd Allāh ibn ‘Umar (7) ibn Makhzūm.
Ibn Isḥāq ajoute toutefois qu’il est plus probable que l’auteur de ces paroles soit Abū Wahb ibn ‘Amr, et précise : « C’était l’oncle maternel du père du Prophète ﷺ. Il jouissait d’un rang éminent et honorable. »
Ibn Isḥāq (8) poursuit : « Ensuite, les Quraysh se partagèrent la Ka’ba : le côté de la Porte revint aux Banū ‘Abd Manāf et aux Banū Zuhra ; la partie entre l’Angle noire et l’Angle yéménite échut aux Banū Makhzūm et à certains autres clans de Quraysh qui s’étaient associés à eux ; la face arrière de la Ka’ba échut aux Banū Jumāḥ et aux Banū Sahm ; et le côté du Ḥijr revint aux Banū ‘Abd al-Dār ibn Quṣayy, aux Banū Asad ibn ‘Abd al-‘Uzzā et aux Banū ‘Adī ibn Kaʿb, c’est-à-dire la zone dite al-Ḥaṭīm. »
Puis, les gens prirent peur à l’idée de démolir la Ka’ba et ils en eurent la crainte. C’est alors qu’al-Walīd ibn al-Mughīra déclara : « Je serai le premier d’entre vous à la démolir ! » et il empoigna la pioche.