Ils voulurent agir contre lui sans y parvenir, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent ce qu’il leur disait et l’attestent comme vrai, puis ils l’abandonnèrent et s’en allèrent. Yûnus ibn Bukayr a rapporté, d’après Ibn Isḥâq, qu’Abû Tâlib composa à ce sujet trois poèmes (1).
C’est ainsi qu’Ibn Isḥâq a mentionné ce récit sans en fournir de chaîne de transmission de sa part. Il en existe cependant un récit similaire, transmis de façon musnad marfû‘ (rapporté avec une chaîne de transmission ininterrompue jusqu’au Prophète). Abû Bakr al-Khara’îtî (2) dit : « Nous raconta ‘Abbâs ibn Muḥammad al-Dûrî, qui nous raconta, de la part de Qurâd Abû Nûḥ, qui nous raconta, de la part de Yûnus ibn Abî Isḥâq (3), d’après Abû Bakr ibn Abî Mûsâ, d’après son père qui raconta : ‘Abû Tâlib partit pour le Shâm (Syrie), et le Messager d’Allâh (ﷺ) partit avec lui, accompagné de notables qurayshites. Lorsqu’ils passèrent près du moine – c’est-à-dire Baḥîrâ –, ils descendirent et s’installèrent, puis le moine sortit à leur rencontre, alors qu’auparavant ils avaient coutume de passer sans qu’il ne leur adresse la parole ni ne se soucie d’eux.’ »
Il poursuit : « Le moine sortit au moment où ils déchargeaient leurs bagages, se dirigea parmi eux et finit par saisir la main du Prophète (ﷺ). Il dit : “Voici le maître des mondes !” – et, selon le texte rapporté par al-Bayhaqî (4), il ajouta : “Voici le Messager du Seigneur des mondes, qu’Allâh a envoyé en miséricorde pour l’univers.” Les notables de Quraysh lui dirent : “Comment le sais-tu (5) ?” Il répondit : “Lorsque vous avez surgi du col, pas un arbre ni une pierre ne sont restés sans se prosterner, et ils ne se prosternent que devant un Prophète. De plus, je le reconnais au Sceau de la Prophétie, en dessous du cartilage de son épaule.” Puis il repartit et leur prépara un repas.
Lorsqu’il leur apporta ce repas – or il (le Prophète) s’occupait alors de paître les chamelles –, il dit : “Faites-le venir !” Il arriva, surplombé d’un nuage qui lui faisait ombrage. Lorsqu’il se rapprocha du groupe, il leur signala : “Regardez, un nuage le recouvre !” Une fois parvenu jusqu’à eux, il constata qu’ils s’étaient déjà installés à l’ombre de l’arbre. Lorsqu’il s’assit, l’ombre de l’arbre se pencha vers lui. Le moine leur dit alors : “Regardez, l’ombre de l’arbre s’incline vers lui !”
Entre-temps, il était occupé à les enjoindre de ne pas l’emmener vers les Romains, car ceux-ci, s’ils le voyaient et le reconnaissaient par ses caractéristiques, le tueraient. Il se tourna ensuite, et voilà que sept personnes des Romains arrivaient. Le moine sortit à leur rencontre, leur demanda ce qui les amenait, et ils répondirent : “Nous sommes venus parce qu’un Prophète doit surgir ce mois-ci ; aucune route n’est laissée de côté sans que des hommes y aient été dépêchés pour le chercher. On nous a informés de son histoire et qu’il passerait par ce chemin (6).” Il leur dit alors : “Dites-moi, si Allâh veut accomplir une chose, quelqu’un peut-il l’en empêcher ?” Ils répondirent : “Non.” Il reprit : “Alors, faites-lui allégeance.” Ils restèrent auprès de lui.
Puis le moine demanda : “Au nom d’Allâh, lequel d’entre vous est son protecteur ?” Ils répondirent : “Abû Tâlib.” Et il ne cessa de lui recommander de ramener le jeune garçon, jusqu’à ce qu’il y consente. Abû Bakr envoya alors Bilâl pour l’accompagner, et le moine leur fournit du ka‘k (pain sec) et de l’huile. Voilà comment al-Tirmidhî (7) le rapporte, d’après Abû al-‘Abbâs al-Faḍl ibn Sahl al-A‘raj, suivant la chaîne de transmission allant jusqu’à Qurâd Abû Nûḥ.