J’ai préparé un repas pour vous, ô Quraysh, et j’aimerais que vous soyez tous présents : le plus jeune comme le plus âgé, l’esclave comme l’homme libre.
Un homme parmi eux lui dit : « Par Dieu, ô Bahira, il y a quelque chose de particulier chez toi aujourd’hui, toi qui n’avais pas coutume de nous traiter ainsi alors que nous passions souvent auprès de toi ; qu’y a-t-il donc aujourd’hui ? »
Bahira leur répondit : « Tu dis vrai ! C’était bien ainsi, mais vous voilà mes hôtes. J’ai voulu vous honorer et vous préparer un repas dont vous puissiez tous profiter. » Ils se rassemblèrent donc autour de lui, tandis que le Messager de Dieu ﷺ restait à l’arrière du groupe, en raison de sa jeunesse, auprès des bagages, sous un arbre.
Lorsque Bahira les vit, il ne reconnut pas la caractéristique qu’il savait devoir se trouver là. Il s’écria : « Ô gens de Quraysh, que nul d’entre vous ne manque à mon repas ! »
Ils dirent : « Ô Bahira, personne n’a manqué à ton invitation, parmi ceux qui devaient venir, si ce n’est un jeune garçon, le plus jeune d’entre nous, resté près de nos bagages. »
Bahira dit : « Ne faites pas cela. Faites-le venir, qu’il participe à ce repas avec vous. »
Alors un homme de Quraysh, parmi l’assemblée, déclara : « Par al-Lāt et al-ʿUzzā ! Quelle honte serait pour nous que Muḥammad, fils de ʿAbd Allāh, fils de ʿAbd al-Muṭṭalib, reste en arrière et ne profite pas du repas avec nous ! » Puis il alla le chercher, l’étreignit [puis l’amena] et l’assit avec les autres.
Lorsque Bahira le vit, il se mit à l’observer avec une grande attention et à regarder certains signes sur son corps qu’il connaissait par sa description. Quand tous eurent fini de manger et se furent dispersés, Bahira s’approcha de lui et dit : « Ô jeune garçon, je t’adjure par al-Lāt et al-ʿUzzā de me répondre sur ce que je vais te demander. » (Bahira ne s’adressa à lui ainsi qu’après avoir entendu son peuple jurer par ces divinités.) On rapporte que le Messager de Dieu ﷺ lui aurait répondu : « Ne me demande rien au nom d’al-Lāt et al-ʿUzzā, car, par Dieu, je n’ai jamais rien détesté autant qu’elles. »
Bahira continua : « Alors, par Dieu, dis-moi ce que je vais te demander. » Il dit : « Demande-moi tout ce que tu veux. » Bahira se mit alors à l’interroger sur divers aspects de sa vie : son sommeil, sa prestance, ses habitudes. Le Messager de Dieu ﷺ lui répondit, ce qui coïncidait avec la description que Bahira avait de lui. Il examina enfin son dos, aperçut le sceau de la prophétie entre ses épaules, à l’emplacement exact mentionné dans sa description. Lorsque Bahira eut terminé, il se tourna vers son oncle, Abū Ṭālib, et lui demanda : « Qui est ce garçon pour toi ? » Il répondit : « C’est mon fils. » Bahira répliqua : « Il ne saurait être ton fils, car il ne convient pas que le père de ce garçon soit encore en vie. »
Abū Ṭālib dit : « Il est le fils de mon frère. » Bahira l’interrogea : « Qu’est-il arrivé à son père ? » Il répondit : « Il est mort alors que sa mère était enceinte de lui. » Bahira lui dit : « Tu dis vrai. Ramène vite le fils de ton frère dans son pays et tiens-le à l’écart des Juifs. Par Dieu, s’ils le voient et reconnaissent en lui ce que moi j’ai reconnu, ils lui souhaiteront du mal. Ce ne peut être autrement, car cet enfant aura un grand destin. Ramène-le vite chez lui. » Son oncle Abū Ṭālib repartit donc rapidement et le ramena à La Mecque, une fois son commerce achevé en Syrie.
Ibn Isḥāq (5) déclare : « On raconte, d’après ceux qui ont rapporté cette histoire, que Zurayr, Thamāmah (6) et Darīs, qui étaient des gens du Livre, avaient observé le Messager de Dieu ﷺ durant ce même voyage avec son oncle Abū Ṭālib, tout comme Bahira l’avait fait. Ils projetèrent de s’en prendre à lui, mais Bahira les en dissuada, leur rappelant Dieu et ce qu’ils pouvaient trouver dans le Livre au sujet de sa mention et de sa description, et qu’ils s’aviseraient… »