Chapitre : De son départ (– qu'Allah leur fasse miséricorde –) avec son oncle Abū Ṭālib vers la Syrie et de son histoire avec Baḥīrā le moine (1)
Ibn Isḥāq (2) a dit : « Puis Abū Ṭālib partit avec une caravane pour faire commerce en Syrie. Lorsqu’il se prépara à partir et se décida au voyage, le Messager de Dieu ﷺ, selon ce que l’on raconte, s’attacha à lui (3). [Il saisit la bride de son chameau en disant : « Ô oncle, à qui me confies-tu ? Je n’ai ni père ni mère ! »]. Abū Ṭālib en fut ému et déclara : “Par Dieu, je vais partir avec lui et je ne le quitterai jamais, ni lui ne me quittera jamais.” Ou du moins, c’est ce qu’il dit, puis il sortit accompagné [de lui]. »
« Lorsque la caravane fit halte à Buṣrā (4), en territoire syrien, il s’y trouvait un moine du nom de Baḥīrā installé dans son ermitage, lequel détenait la science des chrétiens. Un moine habitait en effet cet ermitage depuis toujours (5)(6), et c’est à lui (7) qu’aboutissait leur savoir, à partir d’un livre [renfermé dans l’ermitage] (8), selon ce que l’on rapporte, qu’ils se transmettaient de génération en génération. Cette année-là, quand ils parvinrent près de Baḥīrā — bien qu’ils l’eussent maintes fois dépassé auparavant [sans qu’il ne leur adresse jamais la parole] (9) — il leur offrit un grand repas, selon ce qui est rapporté, en raison de quelque chose qu’il avait remarqué depuis sa retraite. On raconte en effet qu’il vit le Messager de Dieu ﷺ au sein de la caravane lorsqu’elle approchait, à l’ombre d’un nuage le protégeant distinctement au milieu des siens. Puis ils arrivèrent et s’abritèrent sous un arbre tout proche ; le moine remarqua alors que le nuage couvrit l’arbre et que ses branches s’inclinèrent au-dessus du Messager de Dieu ﷺ, de sorte qu’il en fut protégé (10). Voyant cela, Baḥīrā quitta son ermitage, ayant déjà ordonné qu’on préparât un repas, puis il leur fit dire : “Venez, car…” »
(1) La traduction de Bahîrî se trouve dans le deuxième volume, elle est également présente dans l'abrégé d'Ibn Manẓūr (5/54), dans al-Iṣābah (1/176) et dans Sharḥ al-Mawāhib (1/234).
(2) La Sīra d'Ibn Isḥāq (p. 53) dont provient ce qui suit entre crochets. Elle se retrouve aussi dans la Sīra d'Ibn Hishām (1/180), al-Rawḍ (1/205), le Taʾrīkh de Ṭabarī (2/77), l'abrégé d'Ibn Manẓūr de l'histoire d'Ibn ʿAsākir (2/7) ainsi que dans Sharḥ al-Mawāhib (1/233) et les pages suivantes.
(3) Dans la Sīra d'Ibn Isḥāq, il est écrit « ṣabb lahū » — que je suppose être une erreur de copie — et chez certains narrateurs : « faḍabba bihi », c’est-à-dire qu’il s’attachait à lui, comme expliqué dans Sharḥ al-Mawāhib (1/233). Le sens en a été donné (page précédente, hadith 1) de ce volume.
(4) « Buṣrā » : une localité du district de Ḥawrān relevant de Damas, prise pacifiquement par al-Ṣulḥ cinq nuits après le 5 Rabīʿ al-Awwal de l’an treize de l’Hégire. C’est la première ville conquise en Syrie. Elle fut reprise deux fois par Muʾāwiya : la première fois dans un contexte, la seconde lors d’une transaction commerciale entre Khadīja et Maysara, son esclave. Voir Muʿjam al-Buldān (1/441), l’abrégé d’Ibn Manẓūr (2/5), Sharḥ al-Mawāhib (1/234). Son emplacement actuel est au sud de Damas, à environ 142 km de celle-ci.
(5) Le terme « quṭṭ » ici signifie le temps et l’époque, la lettre qāf y est triplée. Voir al-Tāj (quṭṭ).
(6) « Rāhib » apparaît ainsi dans ḥ, ṭ, la forme correcte est : « rāhiban » au cas accusatif. Le mot « fīhā » est omis dans ḥ.
(7) Dans ḥ : « ilayhim ». La lecture correcte est tirée de ṭ.
(8) Dans la Sīra d'Ibn Isḥāq et dans l’abrégé d'Ibn Manẓūr : « fīhim », tandis que dans la Sīra d'Ibn Hishām et al-Rawḍ al-Anf : « fīhim » aussi (confirmé).
(9) Dans ḥ : « ilayhim ». La lecture correcte est conforme aux sources de référence.
(10) « Tahṣarat » signifie qu’elle s’est affaissée vers lui et penchée, venant de al-haṣr, qui désigne la pliure d’une branche verte. Voir al-Lisān (hadhaṣr).