Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Abou Tâlib, l’oncle du Messager d’Allah (ﷺ), accompagnait toujours ce dernier. Abou Tâlib ne possédait pas de biens, mais il l’aimait d’un amour intense, plus que celui qu’il portait à ses propres enfants. Il ne s’endormait jamais sans que le Prophète (ﷺ) ne fût à ses côtés, et lorsqu’il sortait, il partait avec lui. Abou Tâlib lui voua un attachement incomparable. Il lui réservait sa nourriture ; ainsi, lorsqu’avec les enfants d’Abou Tâlib ils se mettaient à manger tous ensemble ou séparément, ils n’étaient jamais rassasiés. Mais s’ils prenaient leur repas en présence du Messager d’Allah (ﷺ), ils étaient tous rassasiés. Quand Abou Tâlib voulait les faire manger, il disait : « Attendez, que mon enfant arrive. » Lorsque le Messager d’Allah (ﷺ) se joignait à eux, ils conservaient même des restes de leur nourriture, tandis que sans lui, ils ne parvenaient pas à manger à leur faim. Abou Tâlib disait alors : « En vérité, tu es béni. » Les autres enfants se réveillaient chaque matin les yeux collés et les cheveux ébouriffés, tandis que le Messager d’Allah (ﷺ) se réveillait vêtu d’une apparence nette et les yeux noircis de khôl.

Al-Hasan ibn ‘Arfah rapporte : « ‘Alî ibn Thâbit nous a transmis, de T alha ibn ‘Amr, qui a entendu ‘Atâ’ ibn Abî Rabâh, ayant lui-même entendu Ibn ‘Abbâs dire : “Les fils d’Abou Tâlib se réveillaient les yeux collés et les cheveux en bataille, alors que le Messager d’Allah (ﷺ) se réveillait la peau lisse et l’apparence soignée.” » Abou Tâlib présentait chaque matin un plat de nourriture aux enfants, qui se rassemblaient pour l’arracher les uns aux autres. Le Messager d’Allah (ﷺ), lui, retenait sa main et ne participait pas à cette ruée. Lorsqu’il vit cela, son oncle lui mit alors de côté un repas à part.

Ibn Is h âq (6) raconte : « Yahyâ ibn ‘Abbâd ibn ‘Abd Allâh ibn az-Zubayr m’a rapporté, de la part de son père, qu’un homme de Lahb, qui était un devin (7), se rendait à la Mecque. Des membres de Quraych venaient alors le consulter au sujet de leurs enfants pour qu’il pratique sur eux des présages (8). » Il poursuit : « Un jour, Abou Tâlib vint à lui avec le Messager d’Allah (ﷺ), alors enfant, parmi ceux qu’il lui présentait. Le devin posa le regard sur le Messager d’Allah (ﷺ), mais fut distrait par autre chose. Lorsqu’il eut fini, il déclara : “Ramenez-moi donc ce garçon !” Abou Tâlib, voyant son insistance, cacha l’enfant. Le devin s’écria : “Malheur à vous, rendez-moi le garçon que je viens de voir, car, par Allah, un grand destin l’attend !” Abou Tâlib s’en alla alors avec lui.”

(1) «صبَّ به» : l’aimé et chargé de cela ; dans al-Asās (صبب) : cela signifie « être chargé de cela » ; c’est une expression dérivée de الصبابة (passion, ardeur) et de رقة الهوى (douceur de l’amour). (2) Dans la version Ḥ : « فكان » (il fut), et la version confirmée est celle de Ṭ. (3) Le propriétaire d’al-Lisān, après le contexte du terme (رمص) : « L’œil a sombré et a cligné des yeux à cause de l’obscurité et du clignement ; il s’agit du blanc de l’œil qui se sépare et s’accumule aux coins des paupières. Al-Ramṣ désigne la partie humide, al-Ghamṣ la partie sèche, et al-Ghumṣ et al-Rumṣ sont les pluriels d’aghmaṣ et armṣ. » (4) « al-Ṣaḥfa » : semblable à un plat creux (qaṣʿa), elle rassasie cinq personnes ou plus. Dans al-Lisān (صحف), et en Ḥ, le terme est « صفحتهم » ; en Ḥ il est correct. (5) « Yantaḥibūn » vient de al-intiḥāb, qui signifie prendre ou s’approprier. Dans al-Tāj on trouve : نهب. (6) D’après le récit d’Ibn Isḥāq dans la Sīra d’Ibn Hishām (1/179, 180). (7) « Banū Lāhib » : une tribu des Azd, connue pour la joie et la rigueur. Ils prétendaient être les « ʿUyūf » des Arabes. L’ʿāʾif est celui qui devine et repousse les oiseaux par intuition et supposition, se fiant à leurs noms, leurs sons et leurs trajets pour prédire. Al-Lisān et al-Tāj (lahab, ʿayf). (8) Dans Ḥ : « ويعاف » (et il est chassé). La version confirmée est celle de Ṭ et la Sīra d’Ibn Hishām. (9) Dans Ḥ : « ممن » (de qui), la version confirmée est celle de Ṭ et la Sīra d’Ibn Hishām.
أبو طالب رسولَ الله ﷺ ، فكان يكون معه، وكان أبو طالب لا مال له، وكان يحبُّه حبًّا شديدًا لا يحبّه ولدَه، وكان لا ينام إلا إلى جنبه، ويخرج فيخرج معه، وصَبَّ به أبو طالب صبابةً لم يُصَبَّ (١) مثلها بشيءٍ قط. وكان يخصُّه بالطعام، وكان إذا أكل عيالُ أبي طالب جميعًا أو فُرَادى لم يشبعوا، وإذا أكل معهم رسولُ الله ﷺ شبعوا، فكان إذا أراد أن يُغَدِّيَهم قال: كما أنتم حتى يأتيَ ولدي. فيأتي رسول الله ﷺ فيأكل معهم فكانوا (٢) يُفضلون من طعامهم، وإن لم يكن معهم لم يشبعوا، فيقول أبو طالب: إنَّك لمبارَك، وكان الصبيان يُصبحون رُمْصًا شُعثًا، ويُصبح رسول الله ﷺ دَهِينًا كَحيلًا. وقال الحسن بن عرفة: حدّثنا عليُّ بن ثابت، عن طلحة بن عمرو، وسمعتُ عطاء بن أبي رباح، سمعتُ ابن عباس يقول: كان بنو أبي طالب يُصبحون غُمْصًا رُمْصًا، ويُصبح رسولُ الله ﷺ صَقِيلًا دَهِينًا (٣) وكان أبو طالب يُقرِّبُ إلى الصبيانِ صَحْفَتَهمَ (٤) أوَّلَ البُكْرَة، فيجلسون وينتهبون، ويكف رسولُ الله ﷺ يدَهُ فلا ينتهبُ معهم (٥) . فلما رأى ذلك عمُّه عزَلَ له طعامَهُ على حِدَة. وقال ابن إسحاق (٦) : حدّثني يحيى بن عبَّاد بن عبد الله بن الزُّبير، أنَّ أباهُ حدَّثه أنَّ رجلًا من لِهْبٍ كان عائفًا (٧) ، فكان إذا قدِم مكة أتاهُ رجالٌ من قريش بغلمانهم ينظر إليهم ويعتاف (٨) لهم فيهم؛ قال: فأتى أبو طالب برسول الله ﷺ وهو غلام مع من (٩) يأتيه؛ قال: فنظر إلى رسولِ الله ﷺ ثم شغله عنه شيء، فلما فرغَ قال: الغلام عليَّ به. فلما رأِى أبو طالب حِرْصَهُ عليه غيَّبَهُ عنه، فجعل يقول: ويلكم، رُدُّوا عليَّ الغلامَ الذي رأيتُه آنفًا، فوالله ليكوننَّ له شأن. قال: وانطلق به أبو طالب.
(١) "صبَّ به": أحبَّه وكلف به، جاء في الأساس (صبب): هو صبٌّ بها: كلِفٌ، وهي صبَّة به. وهو من الصبابة ورِقَّة الهوى. (٢) في ح: فكان، والمثبت من ط. (٣) قال صاحب اللسان بعد سياق الحديث (رمص): غَمِصت العين ورمِصَت من الغَمَص والرمص، وهو البياض الذي تقطعه العين ويجتمع في زوايا الأجفان، والرَّمص: الرطب منه، والغَمَص: اليابس، والغُمْص والرُّمص: جمع أغمص وأرمص. (٤) "الصحفة": كالقصعة، وهي تشبع الخمسة ونحوهم. اللسان (صحف)، وحرف في ط إلى صفحتهم. وفي ح على الصواب. (٥) "ينتهبون": من الانتهاب وهو الأخذ. التاج (نهب). (٦) قول ابن إسحاق هذا في سيرة ابن هشام (١/ ١٧٩، ١٨٠). (٧) "بنو لهِبْ": قبيلة من الأزْد، وهم أهل العِيافة والزَّجْر، زعموا أنها أعيف العرب. والعائف: المتكهِّن الذي يعيف الطير فيزجرها بالحدس والظن فيتفاءَل بأسمائها وأصواتها وممرِّها. اللسان والتاج (لهب، عيف). (٨) في ح: ويعاف. والمثبت من ط وسيرة ابن هشام. (٩) في ح: ممن، والمثبت من ط وسيرة ابن هشام.

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