Ibn `Asâkir, le grand Hâfiẓ, en a donné la biographie dans son « Târîkh »(1) et a déclaré : « C’est lui qui conclut un accord avec Khâlid ibn al-Walîd au sujet de [al-Ḥîra](2). Il en fit un long récit, rapportant qu’il mangea d’un poison de sa propre main, sans en subir le moindre mal. En effet, quand il saisit ce poison dans sa main, il dit : “Au nom d’Allah, et par (la puissance d’) Allah, Seigneur de la terre et du ciel, dont le Nom écarte tout mal(3).” Puis il l’avala ; il perdit conscience un instant, son menton heurta sa poitrine, puis il transpira et reprit ses esprits – qu'Allah soit satisfait de lui –. Il composa aussi pour `Abd al-Masîḥ des poèmes différents de ceux déjà mentionnés.”
Jusqu’ici s’arrête la note. Abû Nu`aym(5) a dit : « Nous raconta Muḥammad ibn Aḥmad ibn al-Ḥasan ; il nous raconta aussi Muḥammad ibn `Uthmân ibn Abî Shaybah ; il nous raconta `Uqbah ibn Makram ; il nous raconta al-Musayyab ibn Sharīk ; il nous raconta Muḥammad ibn Sharīk, d’après Shu`ayb ibn Shu`ayb, d’après son père, d’après son grand-père, lequel raconta :
“Il y avait à Marr aẓ-Ẓahrân(6) un moine nommé `Îṣâ, originaire de Syrie (ash-Shâm), placé sous la protection de al-`Āṣ ibn Wâʾil. Allah lui avait accordé de grandes connaissances et fait de lui un bienfaiteur pour les gens de La Mecque, leur procurant parfum, douceur et savoir. Il demeurait dans sa cellule, puis entrait à La Mecque chaque année. Il y rencontrait les gens et disait : ‘Ô vous, habitants de La Mecque, sachez qu’un enfant naîtra bientôt parmi vous ; les Arabes se soumettront à lui et il dominera les non-Arabes. C’est son époque. Quiconque le verra et le suivra atteindra son but, tandis que celui qui le verra et le contredira n’atteindra pas son but. Par Allah, je n’ai pas quitté la terre du pain(7), du levain et de la sécurité, ni ne suis venu dans cette contrée de faim, de misère et de crainte, si ce n’est pour le chercher.’
Il arrivait qu’à chaque naissance à La Mecque, on l’interrogeât : ‘Est-ce lui ?’ Il répondait : ‘Il n’est pas encore venu.’ On lui disait : ‘Alors décris-le-nous.’ Il répliquait : ‘Non.’ Et il gardait pour lui ce qu’il savait, car il craignait pour sa vie ce qui pourrait lui arriver de la part des siens. Lorsque, au matin du jour de la naissance du Messager d’Allah (ﷺ), `Abd Allâh ibn `Abd al-Muṭṭalib se rendit auprès de `Îṣâ, il s’arrêta au pied de sa cellule et l’appela : ‘Ô `Îṣâ !’ Le moine demanda : ‘Qui est-ce ?’ Il répondit : ‘C’est `Abd Allâh.’ Alors `Îṣâ se pencha depuis sa cellule et lui dit : ‘Puisses-tu être son père ! Car l’enfant dont je vous ai parlé est né un lundi, il sera envoyé (à sa mission prophétique) un lundi, et il mourra un lundi.’
`Abd Allâh lui dit alors : ‘Il m’est justement né un enfant ce matin.’ Le moine demanda : ‘Comment l’as-tu nommé ?’ – ‘Muḥammad.’ Alors il s’exclama : ‘Par Allah, j’espérais vraiment que cet enfant viendrait de vous, ô gens de la Maison sacrée, à cause de trois caractéristiques qui nous le font reconnaître : d’abord son astre s’est levé la nuit dernière, ensuite, il est né aujourd’hui, et enfin, son nom est Muḥammad. Va vers lui, car l’enfant dont je vous parlais est ton propre fils.’ Puis il dit :”