On rapporte quelque chose de similaire dans l’histoire de Khālid ibn Sinān al-‘Absī (1), laquelle n’est pas authentique non plus. Le sens apparent de ces propos laisse entendre que Satiḥ possédait une solide connaissance, et on y décèle des indices de véracité, mais il n’a pas connu l’islam, comme l’a souligné al-Jarīrī. En effet, d’après ce récit, on rapporte qu’il s’adressa à son neveu en ces termes :
« Ô ʿAbd al-Masīḥ, lorsque la récitation (du Coran) sera devenue abondante, que celui qui porte le bâton (de pouvoir) sera apparu, que le torrent de al-Samāwa se déversera, que le lac de Sāwa aura tari et que le feu de la Perse s’éteindra, alors la Syrie ne sera plus la Syrie de Satiḥ ; de leurs rangs surgiront des rois et des reines, au nombre des créneaux, et tout ce qui doit advenir adviendra. » Puis Satiḥ mourut. Cela se produisit un mois – ou légèrement moins (2) – après la naissance du Messager de Dieu (que la prière et la paix de Dieu soient sur lui). Son décès eut lieu aux confins de la Syrie, du côté des terres d’Irak ; Dieu sait ce qu’il en est réellement de sa situation et de ce qu’il est devenu.
Ibn Ṭarār al-Jarīrī (3) a rapporté que Satiḥ vécut sept cents ans, tandis que d’autres parlent de cinq cents ans et d’autres encore de trois cents ans ; Dieu est plus savant. Ibn ʿAsākir (4) relate que, lorsqu’un roi s’enquit auprès de Satiḥ de la filiation d’un jeune garçon au sujet de laquelle régnait la controverse, il l’informa de la vérité dans un discours long, plaisant et éloquent. Le roi lui dit alors :
« Ô Satiḥ, ne me révèlerais-tu pas l’origine de ta science ? »
Et Satiḥ de répondre : « Ma science ne vient pas de moi, ni d’une conviction personnelle ou d’une simple conjecture ; je la tiens plutôt d’un frère jinn qui a entendu la Révélation au mont Sīnāʾ (5). »
Le roi poursuivit : « Ton frère jinn, est-il toujours avec toi ? Ne te quitte-t-il jamais ? »
Satiḥ répliqua : « Il se déplace là où je me déplace et je ne parle que par ce qu’il me dit. » Il a déjà été mentionné que Satiḥ et Shiqq ibn Saʿb ibn Yashkur ibn Ruhm ibn Qasr ibn ʿAbqar (6), cet autre devin, naquirent le même jour, puis furent amenés à la devineresse Ṭarīfa bint al-Ḥusayn al-Ḥimyarīyya. Elle souffla dans leurs bouches, et ils héritèrent ainsi d’elle l’art de la divination, tandis qu’elle mourut le jour même. Shiqq était moitié homme, dit-on, et certains rapportent que Khālid ibn ʿAbd Allāh al-Qasrī serait un de ses descendants. Quant à Shiqq, il mourut bien avant Satiḥ.
Pour ce qui est de ʿAbd al-Masīḥ ibn ʿAmr ibn Qays ibn Ḥayyān ibn Buqayla (7) al-Ghassānī, le chrétien, il faisait partie de ces hommes ayant joui d’une longue existence.