Al-Rabī ibn Sulaymān rapporte : « J’interrogeai al-Shāfi'ī au sujet de la ruqya. Il répondit : “Il n’y a aucun mal à ce qu’un homme pratique la ruqya au moyen du Livre d’Allah et des formules connues de rappel d’Allah.” Je demandai : “Les gens du Livre peuvent-ils pratiquer la ruqya sur des musulmans ?” Il répondit : “Oui, s’ils le font au moyen de ce qui est reconnu comme provenant du Livre d’Allah ou comme une formule de rappel d’Allah.” Je demandai : “Quelle en est la preuve ?” Il répondit : “Il y en a plus d’une. Quant au récit transmis par notre maître et le vôtre, Mālik nous a rapporté, d’après Yahyā ibn Sa'īd, d’après Amra bint Abd al-Rahmān, qu’Abū Bakr entra chez Aïcha alors qu’elle était souffrante et qu’une Juive lui pratiquait une ruqya. Abū Bakr lui dit : ‘Pratique sur elle la ruqya au moyen du Livre d’Allah.’” Je dis alors à al-Shāfi'ī : “Pourtant, nous réprouvons la ruqya des gens du Livre.” Il répondit : “Pourquoi, alors que vous rapportez cela d’Abū Bakr et que, à ma connaissance, vous ne rapportez d’aucun autre Compagnon du Prophète un avis contraire ? Allah — exaltée soit Sa mention — a rendu licites la nourriture des gens du Livre et le mariage avec leurs femmes. J’estime que la ruqya, lorsqu’ils la pratiquent au moyen du Livre d’Allah, est du même ordre, voire moins grave encore.” » Fin de citation. (1) Ce récit s’arrête toutefois à Abū Bakr ; il est peut-être irrégulier et n’a été transmis par aucune autre chaîne. Mālik lui-même ne s’y est pas conformé (2), alors qu’il en est le transmetteur et connaît mieux que quiconque la portée juridique de ce qu’il rapporte.
Une telle innovation ne connaîtra jamais de fin : elle n’est soumise à aucun critère ni à aucune limite permettant de tenir l’insolite pour insolite et le condamnable pour condamnable, hormis les limites de la Loi révélée, et d’elle seule. Nous savons fort bien qu’ils disent chaque fois : « Nous l’avons essayé, et cela s’est révélé efficace. » Que nul ne s’imagine que, lorsque je relate de telles choses et évoque les plaisanteries auxquelles elles donnent ensuite lieu, j’en rie avec approbation. Je ne ris que d’étonnement, car le pire des malheurs est celui qui prête à rire. Combien notre pays compte de choses qui font rire et pleurer à la fois ! Allah sait combien le cœur souffre de cela et d’autres choses encore, et toute l’amertume que j’éprouve face à la propagation des innovations religieuses. Je songe aux pieux prédécesseurs qui, lorsqu’ils voyaient une innovation sans pouvoir y mettre fin, urinaient du sang. Pour notre part, nous voyons pourtant les actes répréhensibles de nos propres yeux, mais rares sont ceux dont le visage rougit de colère, à plus forte raison ceux qui en urineraient du sang. C’est donc auprès d’Allah seul que nous nous plaignons.