al-Ayn HaqqMuhammad ibn Abd al-Mu'ti

Al-Rabī ibn Sulaymān rapporte : « J’interrogeai al-Shāfi'ī au sujet de la ruqya. Il répondit : “Il n’y a aucun mal à ce qu’un homme pratique la ruqya au moyen du Livre d’Allah et des formules connues de rappel d’Allah.” Je demandai : “Les gens du Livre peuvent-ils pratiquer la ruqya sur des musulmans ?” Il répondit : “Oui, s’ils le font au moyen de ce qui est reconnu comme provenant du Livre d’Allah ou comme une formule de rappel d’Allah.” Je demandai : “Quelle en est la preuve ?” Il répondit : “Il y en a plus d’une. Quant au récit transmis par notre maître et le vôtre, Mālik nous a rapporté, d’après Yahyā ibn Sa'īd, d’après Amra bint Abd al-Rahmān, qu’Abū Bakr entra chez Aïcha alors qu’elle était souffrante et qu’une Juive lui pratiquait une ruqya. Abū Bakr lui dit : ‘Pratique sur elle la ruqya au moyen du Livre d’Allah.’” Je dis alors à al-Shāfi'ī : “Pourtant, nous réprouvons la ruqya des gens du Livre.” Il répondit : “Pourquoi, alors que vous rapportez cela d’Abū Bakr et que, à ma connaissance, vous ne rapportez d’aucun autre Compagnon du Prophète un avis contraire ? Allah — exaltée soit Sa mention — a rendu licites la nourriture des gens du Livre et le mariage avec leurs femmes. J’estime que la ruqya, lorsqu’ils la pratiquent au moyen du Livre d’Allah, est du même ordre, voire moins grave encore.” » Fin de citation. (1) Ce récit s’arrête toutefois à Abū Bakr ; il est peut-être irrégulier et n’a été transmis par aucune autre chaîne. Mālik lui-même ne s’y est pas conformé (2), alors qu’il en est le transmetteur et connaît mieux que quiconque la portée juridique de ce qu’il rapporte.

Une telle innovation ne connaîtra jamais de fin : elle n’est soumise à aucun critère ni à aucune limite permettant de tenir l’insolite pour insolite et le condamnable pour condamnable, hormis les limites de la Loi révélée, et d’elle seule. Nous savons fort bien qu’ils disent chaque fois : « Nous l’avons essayé, et cela s’est révélé efficace. » Que nul ne s’imagine que, lorsque je relate de telles choses et évoque les plaisanteries auxquelles elles donnent ensuite lieu, j’en rie avec approbation. Je ne ris que d’étonnement, car le pire des malheurs est celui qui prête à rire. Combien notre pays compte de choses qui font rire et pleurer à la fois ! Allah sait combien le cœur souffre de cela et d’autres choses encore, et toute l’amertume que j’éprouve face à la propagation des innovations religieuses. Je songe aux pieux prédécesseurs qui, lorsqu’ils voyaient une innovation sans pouvoir y mettre fin, urinaient du sang. Pour notre part, nous voyons pourtant les actes répréhensibles de nos propres yeux, mais rares sont ceux dont le visage rougit de colère, à plus forte raison ceux qui en urineraient du sang. C’est donc auprès d’Allah seul que nous nous plaignons.

(1) *Al-Umm*, de Muhammad ibn Idrīs al-Shāfi‘ī, livre de l’affranchissement, chapitre « Ce qui est rapporté au sujet de la *ruqya* (incantation) ». Voir également l’ouvrage d’al-Bayhaqī, *Ma‘rifat al-sunan wa-l-āthār* (14/123). La chaîne de transmission du récit rapporté par al-Shāfi‘ī est authentique selon les critères d’al-Bukhārī et de Muslim ; il s’agit toutefois d’un récit *mawqūf* (arrêté à un Compagnon) et, de surcroît, je ne pense pas qu’il soit solidement établi. (2) *Al-Muntaqā* (7/261).
قال الربيع بن سليمان سألت الشافعى عن الرقية فقال لا بأس أن يرقى الرجل بكتاب الله وما يعرف من ذكر الله قلت أيرقى أهل الكتاب المسلمين فقال نعم إذا رقوا بما يعرف من كتاب الله أو ذكر الله فقلت وما الحجة في ذلك قال غير حجة فأما رواية صاحبنا وصاحبك فإن مالكا أخبرنا عن يحيى بن سعيد عن عمرة بنت عبدالرحمن أن أبا بكر دخل على عائشة وهى تشتكى ويهودية ترقيها فقال أبو بكر أرقيها بكتاب الله فقلت للشافعى فإنا نكره رقية أهل الكتاب فقال ولم وأنتم تروون هذا عن أبى بكر ولا أعلمكم تروون عن غيره من أصحاب النبى خلافه وقد أحل الله جل ذكره طعام أهل الكتاب ونساءهم وأحسب الرقية إذا رقوا بكتاب الله مثل هذا أو أخف. اهـ (١) وهذا موقوف ولعله شاذ ولم يروى بغير هذا الإسناد ولم يعمل به مالك نفسه (٢) وهو راوى الخبر وهو أدرى بفقه ما روى. وهذا الإبتداع لا ينتهى أبدا ولا ضابط له ولا حد يمكن معه استغراب الغريب أو استقباح القبيح اللهم إلا حدود الشرع والشرع فقط ولا نجهل أنهم يقولون كل مرة: جربناه فنفع. ولا يظنن أحد أنى حين أحكى مثل هذا وأذكر ما يتندر به عقبه أنى أضحك رضا. إنما أضحك عجبا فشر البلية ما يضحك وكم فى بلدنا من المضحكات المبكيات. ويعلم الله كم يتألم القلب لأجل هذا وغيره وكم أجد فى نفسى من المرارة لانتشار البدع وأنا أتذكر حال السلف الذين كانوا إذا رأوا البدعة لا يستطيعون تغييرها يبولون دما مع أننا نرى المنكرات عيانا وقل من يحمر وجهه غضبا فضلا عن أن يبول الدم فإلى الله المشتكى.
(١) كتاب الأم لمحمد بن إدريس الشافعى فى كتاب العتق باب ما جاء فى الرقية. وراجع كتاب البيهقى معرفة السنن والآثار (١٤/ ١٢٣) وإسناد الخبر الذى رواه الشافعى صحيح على شرط الشيخين لكنه موقوف ثم لا أظنه محفوظا. (٢) المنتقى (٧/ ٢٦١)

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