le traitement par les ruqyas est légitime pour les maladies organiques que les médecins savent soigner ; à plus forte raison le traitement par les ruqyas des maladies dites spirituelles est-il légitime, notamment lorsqu’il s’agit de l’envie.
Les ruqyas sont-elles, en principe, limitées à ce qu’autorisent les textes, ou peuvent-elles reposer sur l’expérience ?
Le traitement par le Coran et les ruqyas est une question subsidiaire de jurisprudence qui se trouve à la croisée de deux fondements : le recours aux soins, d’une part, et la recherche de l’aide d’Allah — exalté soit-Il — ainsi que l’invocation par laquelle on Lui demande de repousser les agressions des djinns ou le mal causé par l’envieux, d’autre part. Le traitement des autres maux relève soit du domaine cultuel, soit des usages ordinaires. La différence entre les deux n’échappe pas même au muet, à plus forte raison à celui qui parle ; elle n’échappe pas davantage au plus obtus, à plus forte raison à l’homme averti.
Celui qui considère ce traitement comme relevant des usages humains et l’assimile aux autres remèdes fondés sur l’expérience estime que, dans le traitement par le Coran, peut être employé tout ce qui a été expérimenté et a produit une guérison, même si cela n’est pas rapporté dans la Sunna, voire si la Sunna indique le contraire : à ses yeux, ce qui a fait ses preuves mérite davantage d’être mis en pratique. Celui qui, en revanche, le considère comme une question purement cultuelle doit s’en tenir aux textes, sans aller au-delà du Livre et de la Sunna, et s’astreindre patiemment à suivre la Sunna jusqu’à ce que la guérison survienne, avec la permission d’Allah — exalté soit-Il.
Je n’ai toutefois trouvé personne qui ait explicitement pris en considération ces deux fondements ni personne qui les ait signalés. Ils se dégagent néanmoins des propos des savants. Ainsi, ceux-ci qualifient d’innovations certaines pratiques thérapeutiques auxquelles se livrent des praticiens pseudo-savants — si l’on peut s’exprimer ainsi — ou même des praticiens chevronnés parmi ceux qui se sont engagés dans la voie des soins. Cela signifie que, selon eux, le traitement relève en principe du domaine cultuel.
Mais nous les voyons ensuite reconnaître la validité des ruqyas en général ou, selon leur propre formule, les déclarer globalement permises sous certaines conditions : qu’elles soient formulées en langue arabe, exemptes d’associationnisme et que l’on ne croie pas qu’elles agissent par elles-mêmes… Cela indique qu’ils s’en remettent, en matière de soins, aux ruqyas dont l’efficacité a été éprouvée, comme si la question relevait entièrement des usages ordinaires, tant dans son principe que dans les ramifications qui en découlent…
Il m’est ensuite apparu que la plupart des savants ayant écrit sur cette question, anciens ou contemporains, qu’il s’agisse des premières générations — qu’Allah leur fasse miséricorde — ou de ceux des générations ultérieures qui les ont suivies, considèrent qu’elle relève à la fois des usages ordinaires et du domaine cultuel. Quiconque consulte leurs ouvrages le constate aisément. Cependant, devant le grand nombre de textes que j’ai trouvés dans la Sunna