Le traitement du mauvais œil par les ruqyas
Pour commencer, nous présenterons brièvement le traitement par le Coran et les ruqyas. Nous résumerons à cette fin notre ouvrage La thérapie par le Coran et les ruqyas, entre sunna et innovation, dans les limites qu’autorise le présent exposé. C’est auprès d’Allah que nous cherchons la réussite.
Nous y traiterons du recours thérapeutique aux ruqyas, de leur statut juridique et de la question suivante : les ruqyas conformes à la religion et les moyens employés pour les pratiquer sont-ils strictement déterminés par les textes, ou relèvent-ils de l’ijtihād (effort d’interprétation) ? Nous examinerons également le statut de la rémunération perçue pour un traitement, puis la manière de procéder au traitement et au lavage, ainsi que les règles qui s’y rapportent. Enfin, nous aborderons la prévention contre le mauvais œil, car mieux vaut prévenir que guérir.
Définition des ruqyas
Dans la langue arabe, la ruqya est une formule de protection. Son pluriel est ruqā. On dit que le praticien a accompli une ruqya lorsqu’il a prononcé une formule protectrice et soufflé légèrement en la récitant, comme l’indique Ibn Manzūr dans Lisān al-Arab.
Dans son acception technique, la ruqya désigne la formule protectrice récitée sur une personne atteinte d’un mal tel que la fièvre, l’épilepsie ou toute autre affection, comme l’indique Majd al-Dīn Ibn al-Athīr dans al-Nihāya fī gharīb al-hadīth wa-l-athar.
Statut juridique des ruqyas
La pratique des ruqyas est recommandée. En effet, plusieurs hadiths de la Sunna ordonnent d’y recourir, mais un indice contextuel fait passer cet ordre de l’obligation à la simple recommandation. Ainsi, dans le hadith authentique d’Ibn Abbās — qu’Allah les agrée tous deux —, le Prophète laissa à la femme sujette à des crises le choix entre le fait qu’il invoque Allah en sa faveur et le fait qu’il s’en abstienne. Si le traitement avait été obligatoire, il ne lui aurait pas laissé ce choix.
Un autre élément écartant le caractère obligatoire est que le Prophète — paix et salut d’Allah sur lui — a fait l’éloge de ceux qui ne pratiquent pas la ruqya et ne demandent pas qu’on la leur pratique. Les deux Shaykhs, al-Bukhārī et Muslim, rapportent ainsi d’après Ibn Abbās — qu’Allah les agrée tous deux — que le Prophète — paix et salut d’Allah sur lui — a dit :
« Les communautés me furent présentées. Je vis un prophète accompagné d’un petit groupe, un autre accompagné d’un ou deux hommes, et un autre encore qui n’était accompagné de personne. Soudain, une foule immense m’apparut. Je pensai qu’il s’agissait de ma communauté, mais on me dit : “Voici Moïse — paix sur lui — et son peuple. Regarde plutôt vers l’horizon.” Je regardai et vis une foule immense. On me dit alors : “Regarde vers l’autre horizon.” J’y vis une foule immense, et l’on me dit : “Voici ta communauté. Parmi eux, soixante-dix mille entreront au Paradis sans jugement ni châtiment.” Puis il se leva et rentra chez lui. Alors s’engagèrent