de l’esprit et les soucis qui se succèdent, alors que je ne suis qu’un tout petit étudiant en sciences religieuses : je lis, je rassemble et je transmets ce qui vient d’Allah et de Son Messager, ne serait-ce qu’un verset, dans la mesure de mes capacités. Je ne possède ni la perspicacité des spécialistes du hadith ni leur longue expérience.
Que nul ne s’imagine, en me voyant critiquer certains hadiths, oser porter un jugement sur eux et contredire certains de nos savants du passé — que nul ne s’imagine, dis-je — que je cherche à les déprécier, à léser leurs droits ou à porter atteinte à leur rang. Par Allah, seul le devoir de conseil sincère m’y a poussé. Et si je suis parvenu à ces conclusions, c’est grâce aux principes qu’ils ont établis et que leurs successeurs ont affinés. Les derniers n’ont cessé d’apprendre des premiers, tout en se distinguant parfois d’eux. Voilà précisément ce que signifie les suivre. Quant à se ranger à chacune de leurs conclusions, c’est cela, l’imitation servile, que ces savants eux-mêmes n’ont jamais préconisée.
Le fait qu’un successeur apporte une rectification à un prédécesseur ne discrédite nullement ce dernier. Dénombrez les points sur lesquels nous nous sommes distingués d’eux, puis mettez-les en regard de tous ceux où nous les avons suivis : vous mesurerez alors l’étendue de leur mérite et de leur science. Assurément, les savants des juifs et des chrétiens étaient les pires d’entre eux, tandis qu’Allah nous a comblés en faisant de nos savants les meilleurs d’entre nous. Nous demandons à Allah, exalté soit-Il, de nous réunir à eux et de nous compter parmi ceux qui les ont suivis de la meilleure manière.
Combien avons-nous besoin de prendre conscience de ce qu’a dit Abū Amr ibn al-Alā : « Comparés à ceux qui nous ont précédés, nous ne sommes que de l’herbe au pied de hauts palmiers. » (1)
Lorsque j’examine les hadiths et me prononce à leur sujet, je suis la méthode scientifique connue de quiconque pratique la science du hadith, tant dans la transmission que dans l’analyse. Je suis nécessairement dans l’un de ces deux cas, sans qu’il y en ait un troisième : soit j’ai raison, soit je me trompe. Si j’ai raison, qu’est-ce qui empêche que l’on accepte ce que j’avance ? Si je me trompe, qu’Allah récompense celui qui m’indiquera l’erreur dans laquelle j’ai trébuché et me la démontrera par des preuves. Il me trouvera tout disposé à accepter sa remarque. Nous demandons à Allah une science profitable.
Se prononcer sur l’authenticité ou la faiblesse des hadiths relève des questions ouvertes à l’effort d’interprétation : on peut y avoir raison comme on peut s’y tromper. Ce qui compte, c’est que les erreurs d’un homme demeurent rares au regard de ses jugements justes. Qu’Allah fasse miséricorde à celui qui m’indiquera une erreur afin que je puisse la corriger, d’autant que je ne souscris ni au laxisme dans la citation des hadiths faibles ni au recours à l’expérimentation en matière de traitement.
Je cherche refuge auprès d’Allah contre le fait de professer une chose et d’en suivre une autre. Il me suffit de ne parler qu’en m’appuyant sur une preuve et de ne rien énoncer sans argument, car l’enjeu est grave, celui qui examine sait discerner, et il s’agit ici de religion.