al-Ayn HaqqMuhammad ibn Abd al-Mu'ti

de l’esprit et les soucis qui se succèdent, alors que je ne suis qu’un tout petit étudiant en sciences religieuses : je lis, je rassemble et je transmets ce qui vient d’Allah et de Son Messager, ne serait-ce qu’un verset, dans la mesure de mes capacités. Je ne possède ni la perspicacité des spécialistes du hadith ni leur longue expérience.

Que nul ne s’imagine, en me voyant critiquer certains hadiths, oser porter un jugement sur eux et contredire certains de nos savants du passé — que nul ne s’imagine, dis-je — que je cherche à les déprécier, à léser leurs droits ou à porter atteinte à leur rang. Par Allah, seul le devoir de conseil sincère m’y a poussé. Et si je suis parvenu à ces conclusions, c’est grâce aux principes qu’ils ont établis et que leurs successeurs ont affinés. Les derniers n’ont cessé d’apprendre des premiers, tout en se distinguant parfois d’eux. Voilà précisément ce que signifie les suivre. Quant à se ranger à chacune de leurs conclusions, c’est cela, l’imitation servile, que ces savants eux-mêmes n’ont jamais préconisée.

Le fait qu’un successeur apporte une rectification à un prédécesseur ne discrédite nullement ce dernier. Dénombrez les points sur lesquels nous nous sommes distingués d’eux, puis mettez-les en regard de tous ceux où nous les avons suivis : vous mesurerez alors l’étendue de leur mérite et de leur science. Assurément, les savants des juifs et des chrétiens étaient les pires d’entre eux, tandis qu’Allah nous a comblés en faisant de nos savants les meilleurs d’entre nous. Nous demandons à Allah, exalté soit-Il, de nous réunir à eux et de nous compter parmi ceux qui les ont suivis de la meilleure manière.

Combien avons-nous besoin de prendre conscience de ce qu’a dit Abū Amr ibn al-Alā : « Comparés à ceux qui nous ont précédés, nous ne sommes que de l’herbe au pied de hauts palmiers. » (1)

Lorsque j’examine les hadiths et me prononce à leur sujet, je suis la méthode scientifique connue de quiconque pratique la science du hadith, tant dans la transmission que dans l’analyse. Je suis nécessairement dans l’un de ces deux cas, sans qu’il y en ait un troisième : soit j’ai raison, soit je me trompe. Si j’ai raison, qu’est-ce qui empêche que l’on accepte ce que j’avance ? Si je me trompe, qu’Allah récompense celui qui m’indiquera l’erreur dans laquelle j’ai trébuché et me la démontrera par des preuves. Il me trouvera tout disposé à accepter sa remarque. Nous demandons à Allah une science profitable.

Se prononcer sur l’authenticité ou la faiblesse des hadiths relève des questions ouvertes à l’effort d’interprétation : on peut y avoir raison comme on peut s’y tromper. Ce qui compte, c’est que les erreurs d’un homme demeurent rares au regard de ses jugements justes. Qu’Allah fasse miséricorde à celui qui m’indiquera une erreur afin que je puisse la corriger, d’autant que je ne souscris ni au laxisme dans la citation des hadiths faibles ni au recours à l’expérimentation en matière de traitement.

Je cherche refuge auprès d’Allah contre le fait de professer une chose et d’en suivre une autre. Il me suffit de ne parler qu’en m’appuyant sur une preuve et de ne rien énoncer sans argument, car l’enjeu est grave, celui qui examine sait discerner, et il s’agit ici de religion.

(1) Introduction de l’ouvrage d’al-Khatīb al-Baghdādī, *Mūdih al-awhām* (« L’Élucidation des erreurs »), 1/5.
البال وتوالى الهموم وأنا طويلب علم صغير أقرأ وأجمع وأبلغ عن الله ورسوله ولو آية قدر ما أستطيع ليس لى نظر المحدثين ولا طول اشتغالهم. ولا يظنن أحد أنى بانتقاد بعض الأحاديث أو الجرأة فى الحكم عليها ومخالفة من مضى من علمائنا لا يظن من ذلك انتقاصهم ولا هضم حقهم أو مكانتهم بل والله ما دفعنى إلى ذلك إلا النصيحة وما توصلت إليه فبأصولهم التى وضعوها ونقحها من بعدهم وما زال الآخر يتعلم من الأول وينفرد عنه وهذا عين الإتباع أما الموافقة فى كل نتيجة فهذا هو التقليد وهو مالم يقل به أولئك العلماء ولا يعيب الأول أن يستدرك عليه من جاء بعده واعدد ما تفردنا فيه عنهم إلى جنب ما وافقناهم فيه تعلم مدى فضلهم ومبلغ علمهم ولا جرم فقد كان علماء يهود والنصارى شرارهم وامتن الله علينا بأن جعل علماءنا خيارنا نسأل الله تعالى أن يلحقنا بهم ويجعلنا من الذين اتبعوهم بإحسان وما أحوجنا إلى أن نعرف أننا كما قال أبو عمرو ابن العلاء: ما نحن فيمن مضى إلا كبقل فى أصول نخل طوال (١) وأنا فى نقدى للأحاديث وحكمي عليها وفق المنهج العلمى المعروف لكل مشتغل بعلم الحديث رواية ودراية لا أخلو أن أكون أحد رجلين لا ثالث لهما إما مصيب وإما مخطئ فإن كنت مصيبا فما المانع أن يقبل منى. وإن كنت مخطئا فجزى الله خيرا من أوقفنى على خطإ زللت فيه ويبين لى ذلك بالأدلة ولسوف يجد صدري واسعا في قبول ذلك منه نسأل الله العلم النافع. والكلام على الأحاديث صحة وضعفا من المسائل الإجتهادية يصيب فيها الرجل ويخطئ والعبرة بمن ندر خطؤه فى جنب صوابه ورحم الله من أوقفنى على خطإ لأتداركه لاسيما وأنى لا أتبنى القول بالتساهل فى إيراد الضعيف ولا القول بالتجربة فى العلاج. وأعوذ بالله أن أقول قولا وأنحى غيره وحسبى أن لا أتكلم إلا بدليل أو أنطق إلا بحجة. إذ الخطب جليل والناقد بصير وهذا الأمر دين.
(١) مقدمة موضح الأوهام للخطيب البغدادى (١/ ٥)

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