elles le trouvent à découvert, sans aucune protection, elles l’atteignent inévitablement. Mais si elles le trouvent parfaitement armé, sans qu’aucun passage ne leur permette de l’atteindre, elles restent sans effet ; il arrive même qu’elles se retournent contre celui qui les a décochées. Le phénomène est en tout point analogue au tir matériel : le premier relève des âmes et des esprits, le second des corps et des formes corporelles. Il trouve son origine dans l’admiration que celui qui jette le mauvais œil éprouve pour une chose ; la disposition de son âme malfaisante se met ensuite à l’œuvre, puis celle-ci se sert du regard porté sur la personne visée pour lui transmettre son venin. Un homme peut se jeter le mauvais œil à lui-même ; il peut également le jeter sur autrui sans le vouloir, par simple disposition naturelle. C’est là le type le plus vil qui puisse se rencontrer dans l’espèce humaine. » Fin de citation. (1)
Abd al-Raūf al-Manāwī a dit : « L’énoncé “Le mauvais œil est une réalité” signifie que le dommage qu’il provoque est bien réel et survient fréquemment ; seul un esprit obstiné pourrait le nier. On peut s’en faire une idée par analogie avec la femme menstruée qui met la main dans un récipient de lait et le fait tourner, alors que celui-ci ne s’altère pas si elle y met la main après la fin de ses règles. Elle entre également dans un jardin et endommage, sans les toucher, de nombreuses treilles. De même, un homme bien portant peut être atteint d’ophtalmie après avoir regardé quelqu’un qui en souffre ; lorsqu’une personne bâille en sa présence, il se met lui aussi à bâiller. On rapporte encore qu’il existe une espèce de vipères dont le seul regard fait périr l’homme sur lequel il se pose.
Le mauvais œil peut donc résulter d’un poison qui, partant de l’œil de celui qui le jette, se propage dans l’air jusqu’au corps de la personne visée. Allah a établi, selon Son usage habituel, l’existence de nombreuses forces et propriétés dans les corps et les âmes. Ainsi, le visage de celui que regarde une personne qu’il révère se couvre, sous l’effet de la pudeur, d’une rougeur intense qui n’existait pas auparavant ; de même, il pâlit à la vue de quelqu’un qu’il craint. Cela tient aux influences qu’Allah a placées dans les âmes. En raison du lien étroit qui unit l’âme à l’œil, l’acte est attribué à ce dernier, alors que ce n’est pas lui qui agit : l’influence provient de l’âme.
Les âmes diffèrent par leurs natures, leurs forces, leurs dispositions et leurs propriétés. Certaines influent sur le corps par la seule vision, sans aucun contact ; d’autres par une confrontation directe ; d’autres encore par l’orientation de l’âme, comme dans les effets produits par les invocations, les formules de guérison et le recours à Allah ; d’autres effets, enfin, se produisent par la suggestion mentale et l’imagination. Ce qui émane de l’œil de celui qui jette le mauvais œil est donc un trait porteur de ce mal : s’il rencontre un corps dépourvu de protection, il l’affecte ; sinon, il demeure sans effet, à l’image d’une flèche matérielle. Il peut même se retourner contre celui qui l’a lancé.
(Rapporté par Ahmad, al-Bukhārī et Muslim, Abū Dāwūd et al-Nasāī, d’après Abū Hurayra, et par Ibn Māja, d’après Āmir ibn Rabīa.)
“Le mauvais œil est une réalité”, c’est-à-dire que le fait d’en être atteint compte parmi les choses dont l’existence est avérée. Il peut faire descendre du hāliq, c’est-à-dire d’une haute montagne. Les sages ont dit que celui qui jette le mauvais œil