Ces quatre maux ont pour origine l’ignorance que l’homme a de son Seigneur et de lui-même. S’il connaissait son Seigneur par Ses attributs de perfection et Ses qualités de majesté, et s’il se connaissait lui-même avec ses déficiences et ses maux, il ne s’enorgueillirait pas, ne se mettrait pas en colère pour sa propre personne et n’envierait à personne ce qu’Allah lui a accordé. En réalité, l’envie est une forme d’hostilité envers Allah : l’envieux déteste la grâce qu’Allah accorde à Son serviteur alors qu’Allah l’aime ; il souhaite qu’elle lui soit retirée alors qu’Allah déteste cela. Il s’oppose ainsi à Allah dans Son décret et Sa prédestination, dans ce qu’Il aime et ce qu’Il déteste. C’est pourquoi Iblīs est véritablement Son ennemi : son péché procédait de l’orgueil et de l’envie.
Ces deux traits s’extirpent donc par la connaissance d’Allah, l’affirmation de Son unicité, le contentement que l’on trouve en Lui et à l’égard de ce qui vient de Lui, ainsi que par le retour à Lui. Quant à la colère, elle s’extirpe par la connaissance de l’âme et par la conscience qu’elle ne mérite pas que l’on se mette en colère ou que l’on se venge pour elle. Agir ainsi reviendrait en effet, dans ce qui suscite colère ou satisfaction, à lui donner la préférence sur son Créateur, Celui qui l’a façonnée. Le meilleur moyen de repousser ce mal consiste à habituer l’âme à éprouver colère et satisfaction pour Lui, exalté soit-Il. Chaque fois qu’une part de colère ou de satisfaction pour Lui pénètre en elle, la part correspondante de colère et de satisfaction vouée à elle-même en sort. Et inversement.
Quant au désir passionnel, son remède réside dans une connaissance saine et dans la conscience qu’assouvir les désirs de l’âme est l’une des principales causes qui l’en privent et les lui interdisent, tandis que l’en préserver est l’une des principales causes qui lui permettent d’y accéder. Chaque fois que tu t’ouvres la porte des passions, tu t’emploies à en priver ton âme ; et chaque fois que tu lui fermes cette porte, tu t’emploies à lui procurer ce qu’elle désire de la manière la plus parfaite.
La colère est semblable à un fauve que son maître lâche : il commence par le dévorer. Le désir passionnel est semblable au feu : celui qui l’attise est le premier qu’il brûle. L’orgueil est comparable au fait de disputer à un roi son royaume : s’il ne te fait pas périr, il t’en chassera. Enfin, l’envie est comparable au fait de prendre pour ennemi quelqu’un de plus puissant que soi. Celui qui maîtrise ses passions et sa colère, Satan redoute jusqu’à son ombre ; mais celui que ses passions et sa colère dominent redoute jusqu’à l’apparition de Satan. » Fin de citation.