L’envie relève-t-elle des péchés ou n’est-elle qu’un trait blâmable ?
Nombreux sont ceux qui pensent que le seul tort de l’envie est de porter atteinte à la dignité morale, ou qu’elle compte parmi les habitudes blâmables contraires à la noblesse de caractère et autres descriptions semblables, qui ne comportent pas de condamnation bien sévère de l’envie. Or, la vérité est que l’envieux désobéit à Allah le Très-Haut et commet un péché en se livrant à l’envie, mais aussi en cultivant ses causes, ses prémices et ce qui y conduit. En effet, dans la charia, les moyens prennent le même statut que les fins, comme cela est établi dans les fondements du droit. Le serviteur ne doit donc pas se mettre en colère pour autre chose que les droits d’Allah le Très-Haut, ni éprouver de haine si ce n’est pour Allah ; il ne doit nourrir ni rancœur ni envie. S’il le fait, il commet un péché.
L’envie fait partie des actes de désobéissance dont l’interdiction tient à la fois à l’acte lui-même et à ses conséquences. Le mal inhérent à cet acte est manifeste : il traduit le mécontentement à l’égard du décret d’Allah et de la sagesse avec laquelle Il répartit les subsistances, la convoitise de ce que l’on ne possède pas et un cœur empli de rage et de rancœur, au point que cela se manifeste dans le regard. L’envieux jalouse alors autrui et souhaite la perte de celui qui jouit du bienfait ainsi que la disparition de ce bienfait. L’envie est donc interdite en elle-même. Elle l’est également en raison de ses conséquences : la foi de l’envieux diminue à proportion de son envie, les bienfaits sont retirés à ceux qui en jouissent, la ruine ou les dommages en résultent, et la haine se répand parmi les gens, au point que son voisin n’est plus à l’abri de ses méfaits. Sa foi n’est alors pas complète — qu’Allah nous en préserve.
Allah le Très-Haut dit : « Ou bien envient-ils aux gens ce qu’Allah leur a accordé de Sa grâce ? Nous avons certes donné à la famille d’Abraham le Livre et la sagesse, et Nous leur avons accordé une immense royauté. » Sourate Les Femmes, verset (54).
Al-Qurtubī — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit : « Les paroles du Très-Haut : “Ou bien envient-ils…” désignent les Juifs. Quant aux “gens”, ils désignent tout particulièrement le Prophète — paix et salut sur lui —, selon Ibn Abbās, Mujāhid et d’autres. Ils l’enviaient en raison de la prophétie, et enviaient ses Compagnons parce qu’ils avaient foi en lui. Qatāda a dit : “Les gens désignent les Arabes, que les Juifs enviaient en raison de la prophétie.” Selon al-Dahhāk, les Juifs enviaient Quraysh parce que la prophétie se trouvait parmi eux. L’envie est blâmable et celui qui l’éprouve est accablé ; elle dévore les bonnes œuvres comme le feu dévore le bois ;