les causes ne sont que des corrélations, et non des facteurs qui produisent nécessairement leurs effets. Ainsi, lorsqu’un homme brise une bouteille, celle-ci ne se brise pas, selon eux, parce qu’il l’a brisée ; elle se brise seulement au moment où il la brise. De même, quand le feu brûle une chose, celle-ci ne brûle pas à cause de lui : elle brûle seulement en sa présence, et non par lui. Si donc quelqu’un mange jusqu’à satiété, il n’est pas rassasié par le fait de manger, mais seulement au moment où il mange !
Ils affirment que Celui qui fait brûler est Allah, mais que Son acte survient conjointement avec un élément visible et créé. Il n’existe donc, selon eux, absolument aucun lien entre une cause et son effet : il ne s’agit que d’une simple concomitance. Ainsi, l’œil ne frappe pas, selon eux, du mauvais œil. Celui-ci résulte seulement de la concomitance entre le regard posé sur la personne enviée et sa production par une puissance éternelle ; cet acte de production n’est pas créé, afin qu’Allah ne soit pas le siège de réalités adventices ! Il n’y a donc là, à proprement parler, ni envie ni mauvais œil : la survenue de l’envie coïncide simplement avec le moment où le regard tombe sur la personne enviée. En outre, l’envie ne relève pas de l’acquisition du serviteur, bien qu’ils affirment que celui-ci possède une acquisition en raison de laquelle il est rétribué et récompensé !
Le plus étonnant est qu’ils déclarent mécréant quiconque contredit cette doctrine ; et plus étonnant encore, ils sont les seuls à la professer ! Ils déclarent ainsi mécréante toute la communauté. Il n’est de force ni de puissance qu’en Allah.
Voici d’ailleurs l’un de leurs textes doctrinaux, encore enseigné de nos jours :
« L’action qui produit un effet n’appartient qu’au Seul,
au Dominateur suprême — glorifié et exalté soit-Il.
Qui l’attribue à la nature ou à une cause efficiente
commet, selon les gens de la religion, une mécréance.
Qui l’attribue à une force déposée dans les choses
est un innovateur : ne lui prête donc aucune attention. » (1)
Ce texte signifie que, selon eux, quiconque affirme la transmission par sympathie naturelle ou l’effet de l’œil sur la personne enviée, en considérant l’œil comme la cause de cet effet, est mécréant. Celui qui affirme qu’une force déposée dans l’œil a produit cet effet est lui aussi, selon eux, un innovateur. Cela, alors même qu’ils soutiennent que la foi consiste uniquement dans l’assentiment intérieur : autrement dit, quiconque donne intérieurement son assentiment est un croyant compté parmi les gens du Paradis, même s’il n’a pas prononcé l’attestation de foi, n’a pas prié et n’a même jamais accompli le moindre bien. Pourtant, celui qui s’oppose à eux sur ce seul point est soit un innovateur égaré, soit un mécréant !