Les preuves de l’influence du mauvais œil tirées de l’examen rationnel
Cette section n’a pas pour objet d’établir la réalité du mauvais œil par la raison ou la spéculation. Je ne suis pas, Allah en soit loué, de ceux qui font prévaloir la raison sur les textes transmis. Je loue au contraire Allah Très-Haut de m’avoir accordé la Sunna et la voie des pieux prédécesseurs, comme je Le loue de m’avoir accordé l’islam. Cette position nous a été transmise par les pieux prédécesseurs — qu’Allah Très-Haut nous joigne à eux. Je vais cependant évoquer certaines propriétés inhérentes aux choses, qui permettent de comprendre que de telles influences peuvent se produire. J’exposerai ensuite la voie suivie par les pieux prédécesseurs à ce sujet et réfuterai les partisans de l’innovation religieuse, dans un esprit de conseil sincère. Qu’Allah, par Sa grâce et Sa générosité, nous facilite cette tâche.
Il est, parmi les mystères qu’Allah a placés dans Sa création, des propriétés qu’Il a déposées en Ses créatures et devant lesquelles la raison demeure perplexe. Vous voyez ainsi un homme gagné par la somnolence et ressentez soudain vous-même le besoin de dormir. C’est là un phénomène observable. De même, vous voyez quelqu’un bâiller et vous vous mettez aussitôt à bâiller comme lui, ce qui arrive très fréquemment, alors qu’il est recommandé au musulman de réprimer le bâillement autant qu’il le peut. Vous voyez encore un homme s’étirer et tendre son corps pour chasser sa torpeur : voilà que la paresse s’insinue en vous et que toute votre énergie disparaît. Vous en voyez un autre vomir, et le vomissement vous gagne sans que vous l’ayez provoqué.
Après tout cela, nous ne pouvons que croire que les âmes possèdent des propriétés dont l’ignorance des uns et les raisonnements obstinés des autres ne sauraient entamer la réalité. Parmi ces propriétés naturelles figure l’action du mauvais œil : celui-ci est une réalité, et le regard de son auteur exerce, par la permission et le décret d’Allah, une influence sur la personne enviée.
Ibn al-Qayyim — qu’Allah lui fasse miséricorde — a dit : « L’un des médecins les plus habiles m’a rapporté ceci : “J’avais un neveu qui maîtrisait l’usage du collyre. Il s’établit comme oculiste — c’est-à-dire qu’il se mit à exercer ce métier et à soigner les gens. Or, chaque fois qu’il ouvrait l’œil d’un patient, y constatait une ophtalmie et lui appliquait du collyre, il contractait lui-même une ophtalmie. Comme cela se reproduisit, il cessa d’exercer.” Je lui demandai : “Quelle en était la cause ?” Il répondit : “La disposition naturelle se transmet, car elle est communicative.” Il ajouta : “Je connais un autre homme qui, lorsqu’il voyait un abcès qu’une personne grattait sur une partie de son corps, se grattait lui-même au même endroit, et un abcès y apparaissait.” Je lui dis alors que tout cela supposait nécessairement une prédisposition de la constitution naturelle : la matière morbide devait y demeurer latente et immobile, avant d’être mise en mouvement par l’une de ces causes. Ce sont donc là des causes