mais si elle y met la main après s’être purifiée, il ne se gâte pas. Elle entre dans un verger et endommage nombre de treilles sans même les toucher. Une personne aux yeux sains regarde quelqu’un atteint d’ophtalmie et peut en être atteinte à son tour ; quelqu’un bâille en sa présence, et elle se met elle aussi à bâiller. On rapporte également qu’il existe une espèce de vipères dont le seul regard, lorsqu’il se pose sur un être humain, provoque sa mort.
Dès lors, le mauvais œil peut provenir d’un venin qui, émanant de l’œil de son auteur, traverse l’air jusqu’au corps de la victime. Allah a établi, dans l’ordre habituel des choses, l’existence de nombreuses forces et propriétés dans les corps comme dans les âmes. Ainsi, lorsqu’une personne est regardée par quelqu’un devant qui elle éprouve de la gêne, la honte fait apparaître sur son visage une rougeur intense qui n’y était pas auparavant. Il en va de même de la pâleur qui survient à la vue d’une personne que l’on craint. Cela procède des facultés d’influence qu’Allah a placées dans les âmes. En raison du lien étroit qui unit l’âme à l’œil, l’action est attribuée à celui-ci, alors que ce n’est pas l’œil qui agit : l’effet procède de l’âme.
Or les âmes diffèrent par leur nature, leurs forces, leurs modalités et leurs propriétés. Certaines agissent sur le corps par le seul regard, sans aucun contact ; d’autres, par le face-à-face ; d’autres encore, par l’orientation de l’âme, comme ce qui se produit par les invocations, les ruqyas et le recours à Allah ; d’autres enfin agissent par la suggestion et l’imagination. Ce qui émane de l’œil de l’auteur du mauvais œil est donc comme une flèche liée à celui-ci : si elle atteint un corps dépourvu de protection, elle produit son effet ; sinon, elle demeure sans effet. Il en va de même d’une flèche matérielle ; l’effet du mauvais œil peut même se retourner contre son auteur. » (1)