Ce récit est rapporté sans chaîne de transmission par certains praticiens contemporains. Le plus ancien ouvrage dans lequel je l’ai trouvé est Fayd al-Qadīr d’al-Munāwī. Celui-ci écrit : « Remarque utile : Ibn Asākir rapporte, au nombre des prodiges de Saīd al-Sājī, qu’on lui dit : “Protège ta chamelle d’Untel, qui jette le mauvais œil.” Il répondit : “Il n’a aucun pouvoir sur elle.” L’homme lui jeta alors le mauvais œil ; elle s’effondra, en proie à des convulsions. Al-Sājī en fut informé. Il se posta face à lui et dit : “Au nom d’Allah : une entrave qui retient et un météore ardent. J’ai renvoyé le mauvais œil de cet homme contre lui-même, contre l’être qui lui est le plus cher, contre son foie et ses deux reins : wa-shayyiq, wa-fī mālihi yalīq. Porte de nouveau ton regard : y vois-tu la moindre fissure ?” — jusqu’à la fin du verset de la sourate al-Mulk. Les deux globes oculaires de l’homme sortirent alors de leurs orbites, tandis que la chamelle fut saine et sauve. (Ad, Hil), par la voie de Shuayb ibn Ayyūb, d’après Muāwiya ibn Hishām, d’après al-Thawrī, d’après Ibn al-Munkadir, d’après Jābir. Il a dit : “Ce hadith est singulier parmi les transmissions d’al-Thawrī ; Muāwiya est le seul à l’avoir rapporté.” Fin de citation. Au sujet de la voie remontant à Abū Dharr, al-Sakhāwī a dit : “Shuayb ibn Ayyūb est le seul à l’avoir rapportée de Muāwiya, d’après Hishām.” Fin de citation. »
Ce récit comprend des détails absents du précédent. C’est ainsi que des éléments sont ajoutés aux récits ou en sont retranchés. Al-Munāwī l’a attribué, au moyen des sigles (Ad, Hil), à Ibn Adī et à Abū Nuaym dans al-Hilya, selon la voie mentionnée. Ibn Hibbān a cité Shuayb ibn Ayyūb dans al-Thiqāt et a dit : « Il exerça la fonction de juge à Wāsit. Il commettait des erreurs et recourait à la dissimulation dans les chaînes de transmission ; chaque fois qu’il rapportait, des récits réprouvés apparaissaient dans ses transmissions sous une forme dissimulée. » Quant à son maître Muāwiya, Muslim a retenu ses hadiths. Ibn Hibbān l’a également cité dans al-Thiqāt et a dit : « Il lui arrivait de se tromper. » Al-Hāfiz rapporte dans Tahdhīb al-Tahdhīb (10/218) : « Dans al-Thiqāt, Ibn Shāhīn rapporte que Uthmān ibn Abī Shayba a dit : “Muāwiya ibn Hishām est un homme véridique, mais il ne constitue pas une autorité probante.” Al-Sājī a dit : “Il est véridique, mais commet des erreurs.” Ahmad ibn Hanbal a dit : “Il commet beaucoup d’erreurs.” » Fin de citation.
Il apparaît ainsi que ce récit n’est pas établi. De plus, il renferme bien des méfaits : associationnisme, superstition, charlatanisme et mépris de l’intelligence. Voici certaines des critiques que j’ai pu y relever :
Ces paroles ne sont ni une invocation ni une demande de protection formulée au moyen des noms et attributs d’Allah. Elles ne relèvent aucunement des ruqyas, mais ne sont qu’une prose rimée affectée, comparable à celle des devins. Elles ne présentent aucun sens apparent permettant de les juger d’après leur teneur. Que signifie donc « une entrave qui retient » et qui est celui qui retient ? Que désigne la pierre sèche ? Quel rapport la pierre sèche et le météore ardent ont-ils avec la ruqya