L’envie est donc distincte du mauvais œil. La différence qui nous importe ici est que l’envie émane d’une âme rancunière, tandis que le mauvais œil peut provenir d’un homme vertueux. Le mauvais œil n’implique pas que l’on souhaite voir disparaître la faveur dont jouit autrui. Allah sait mieux. On constate d’ailleurs que, lorsqu’Allah, exalté soit-Il, mentionne l’envieux dans Son Livre, Il l’associe au mal : « Et contre le mal de l’envieux lorsqu’il envie. »
En revanche, lorsque le Prophète — qu’Allah le couvre d’éloges et le préserve — évoqua le mauvais œil, il indiqua qu’il survient et produit un effet, puis attira l’attention sur l’inadvertance dans laquelle peut tomber celui qui le porte lorsqu’il voit ce qui l’émerveille. Il lui ordonna donc d’invoquer la bénédiction, bien que le mauvais œil cause du tort.
En somme, la différence entre le mauvais œil et l’envie peut être exposée comme suit :
- La notion d’envieux est plus générale que celle d’auteur du mauvais œil. Celui-ci est donc une forme particulière d’envieux — si l’expression est juste. Ainsi, tout envieux porte le mauvais œil, mais tout auteur d’un mauvais œil n’est pas nécessairement envieux. C’est pourquoi la sourate al-Falaq enseigne de chercher protection contre l’envieux : lorsque le musulman cherche refuge contre le mal de celui-ci, l’auteur du mauvais œil est également englobé dans cette demande. Cela témoigne de la portée universelle du noble Coran, de son caractère inimitable et de son éloquence. (1)
- L’envie naît de la rancœur, de la haine et du souhait de voir disparaître une faveur, tandis que le mauvais œil a pour causes l’admiration, l’émerveillement devant la grandeur d’une chose et le fait de la trouver belle.
- L’envie et le mauvais œil ont un effet commun : tous deux causent du tort à la personne atteinte ou enviée. Ils diffèrent cependant par leur origine. L’envie prend sa source dans le feu qui consume le cœur, dans le fait de juger excessive la faveur dont jouit l’envié et dans le souhait de l’en voir privé. Le mauvais œil, quant à lui, prend sa source dans l’étincelle jaillie du regard. Son auteur peut ainsi atteindre ce qu’il n’envie pas, qu’il s’agisse d’un objet inanimé, d’un animal, d’une culture ou d’un bien. Il peut même s’atteindre lui-même. Le regard admiratif et appuyé qu’il porte sur une chose, joint à la disposition que prend alors son âme, exerce un effet sur ce qui est atteint par son mauvais œil.
- L’envieux peut envier une chose encore attendue, avant même qu’elle ne se réalise, tandis que l’auteur du mauvais œil ne peut atteindre que ce qui existe effectivement.