sans ressentiment, tandis que le ressentiment n’engendre rien d’autre que l’envie. La réalité en témoigne. Que nul ne vienne objecter ici qu’un homme peut, malgré lui, envier sans éprouver de ressentiment, comme lorsqu’il envie ses propres biens, son enfant ou l’un de ses proches. Nous répondons qu’il s’agit alors du mauvais œil, et non de l’envie. Allah, exalté soit-Il, sait mieux.
Ibn Manzūr a dit : « Le ghill — avec un i — et le ghalīl désignent la tromperie, l’hostilité, la haine, la rancœur et l’envie. On lit dans le noble Coran : “Nous arracherons toute rancœur de leurs poitrines.” Al-Zajjāj a dit : “Sa signification véritable — et Allah sait mieux — est qu’aucun des habitants du Paradis n’enviera un autre en raison de l’élévation de son rang, car l’envie est une forme de rancœur.” » (1)
Définition du mauvais œil
Le mauvais œil est l’effet de l’envie produit, sans ressentiment, par une force qu’Allah, exalté soit-Il, a placée dans les yeux de certains de Ses serviteurs. Il peut émaner d’un homme vertueux dont l’âme n’est pas mauvaise. Celui-ci ne doit donc pas être qualifié d’envieux, mais seulement d’auteur d’un mauvais œil. Bien qu’il soit permis d’employer le premier terme dans un sens général, cette distinction est plus exacte. C’est ce qu’illustre l’histoire de ‘Āmir ibn Rabī‘a — qu’Allah l’agrée — lorsqu’il atteignit Sahl ibn Hunayf — qu’Allah l’agrée — de son mauvais œil. Allah, exalté soit-Il, décréta qu’un tel événement se produise dès les premiers temps afin que nous puissions tirer profit des règles qui en découlent, malgré la fraternité, l’amour, l’affection et l’altruisme qui régnaient alors au sein de la communauté des Compagnons — qu’Allah les agrée — et dont nous n’avons plus connu l’équivalent à aucune époque ultérieure.
Existe-t-il une différence entre l’envie et le mauvais œil, ou sont-ils identiques ?
Oui, il existe une différence entre eux, même si leurs effets sont semblables. La réprobation de l’envie et de l’envieux est bien connue parmi les gens — et cela est juste —, car l’envie émane nécessairement d’une âme envieuse. Il est toutefois authentiquement établi dans la sunna que le mauvais œil peut provenir d’un homme vertueux. Ce fut le cas de ‘Āmir ibn Rabī‘a lorsqu’il vit Sahl ibn Hunayf al-Ansārī — qu’Allah les agrée tous deux — : Sahl fut alors pris de fièvre et son mal s’aggrava. Cela porte-t-il atteinte à ‘Āmir — qu’Allah l’agrée ? Certes non ! Il lui appartenait seulement d’invoquer la bénédiction en faveur de Sahl — qu’Allah l’agrée — lorsqu’il vit chez lui ce qui suscita son admiration.
Cette question requiert donc une distinction indispensable à sa juste compréhension, et celui qui assimile l’envie au mauvais œil commet une erreur.