- Conclusion
Sache — qu’Allah nous instruise, toi et moi — que l’envie naît de la rancœur et que la rancœur naît de la colère. L’envie est donc une ramification de la rancœur, tandis que la colère est la racine de cette dernière, comme l’a exposé al-Ghazālī dans l’Ihyā (1). Combien l’envieux a besoin de traiter ce mal afin de réformer son cœur, puis son âme, et de rétablir l’harmonie entre les gens ! L’affaire est grave. On disait autrefois :
Toute inimitié peut laisser espérer son extinction,
Sauf celle de qui, par envie, s’est fait ton ennemi.
Ce vers est toutefois également rapporté sous cette forme : « Sauf l’inimitié de qui s’est fait ton ennemi en religion. » Il nous suffit néanmoins de savoir que l’envie corrompt les relations entre les gens : cette corruption est la lame qui rase la religion, comme il est dit dans la tradition.
L’envie naît donc de l’aversion et de la colère. Lorsqu’un homme déteste une chose, son cœur s’obscurcit à son égard, puis il prend en aversion tout ce qui lui ressemble. Ainsi voit-on l’insensé qui envie un jurisconsulte étendre, à cause de lui, son envie à tous les jurisconsultes. De même, celui qui déteste un gouvernant en raison de son injustice déteste tout injuste, même s’il n’est pas gouvernant, et perçoit chez lui ce que personne d’autre ne perçoit.
Tout à l’inverse, lorsqu’un homme aime, il s’éprend avec passion, s’efforce d’obtenir ce qu’il aime et, par amour pour cette chose, aime tout ce qui lui ressemble. Comme il a été dit :
Par amour pour elle, j’aime les hommes noirs, au point
D’aimer, par amour pour elle, même les chiens noirs.
Je demande à Allah — Très-Haut soit-Il — de faire de ce modeste travail un remède pour l’envieux avant même qu’il ne le soit pour celui qu’il envie, pour la raison que j’ai mentionnée : mieux vaut prévenir que guérir. Je Lui demande également de réformer nos cœurs et de les préserver de la rancœur, de l’envie, de l’aversion et de la haine. Je Lui demande encore de rendre cet ouvrage profitable à quiconque l’a réuni, rédigé ou lu, ainsi qu’à ceux qui ont contribué à sa diffusion ; de l’accepter de ma part et de le placer dans la balance de mes bonnes œuvres au Jour de la Résurrection. Lui seul en est le Maître et Il a pouvoir sur toute chose.
Je l’ai en effet composé à titre de conseil, afin d’ordonner le convenable et d’interdire le blâmable. Je n’avais pas perdu de vue cette parole de l’auteur du Kashf al-zunūn : « L’homme dispose encore librement de sa raison et demeure à l’abri des propos de