Quant aux innovations introduites dans le traitement du mauvais œil, voici celles qui me viennent actuellement à l’esprit : consulter les devins, les charlatans et les sorciers. J’ai exposé les signes permettant de reconnaître un sorcier dans mon livre Le traitement par les ruqyas : entre la Sunna et l’innovation ; que l’on s’y reporte. En font également partie le fait d’aller trouver des femmes, d’asperger de l’eau ou du sel lorsque l’on craint l’envie, en prétendant que cela repousse le mauvais œil. Cela relève du polythéisme. Il en va de même du fait de toucher du bois, de suspendre des amulettes, des talismans, une perle bleue, une représentation des cinq doigts ou un anneau, de nouer un fil, ou encore d’invoquer les bénédictions sur le Prophète — que la prière et le salut d’Allah soient sur lui — et de proclamer la grandeur d’Allah lorsqu’on voit une chose dont on craint qu’elle ne soit enviée. Ce qui est prescrit, c’est de dire : « Telle est la volonté d’Allah ! Il n’est de force que par Allah », d’invoquer la bénédiction d’Allah et de chercher refuge auprès de Lui, comme cela a été exposé précédemment.
Par ce traité, je n’ai pas voulu ajouter un ouvrage de plus à ceux consacrés à l’envie ; j’ai seulement voulu rappeler qu’il faut s’en tenir aux pratiques authentiquement rapportées de la Sunna pour traiter celui qui en est victime. Je ne chercherai pas ici à recenser les innovations des gens du commun et des charlatans. Quiconque se contente de la Sunna, Allah — exalté soit-Il — lui suffit. Du reste, l’innovation ne connaît aucune limite. En vérité, la question du traitement par les ruqyas a déjà reçu toute l’attention qu’elle mérite dans les ouvrages qui lui ont été consacrés. Il suffit donc à l’homme raisonnable de faire preuve de mesure dans son entreprise. Allah est Celui qui préserve des faux pas.
Je ne veux toutefois pas laisser passer cette occasion sans attirer l’attention sur une pratique fréquente dans les ouvrages des praticiens, et plus répandue encore dans les propos de ceux d’entre eux qui n’écrivent pas. Il s’agit de leur manière de traiter tout malade, qu’il soit atteint par le mauvais œil, possédé ou ensorcelé — ou matbūb, selon l’appellation de bon augure par laquelle les anciens désignaient l’ensorcelé dans l’espoir de sa guérison. Le praticien récite alors des versets dont il imagine que les termes correspondent à l’état du malade, et il en fait des ruqyas propres à cette affection. Poussant plus loin encore, il attribue tels versets à tel mal et tels autres à tel autre, fixe des règles et institue des modalités sur lesquelles Allah n’a fait descendre aucune preuve. Si la guérison survient avec l’une d’elles, celle-ci se voit alors conférer le mérite d’avoir été éprouvée. J’en donnerai quelques exemples :
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Pour la personne atteinte du mauvais œil, ils récitent : « Ton regard te reviendra humilié et épuisé. » Or Allah n’a pas révélé ce verset à cette fin, et il n’existe aucun rapport entre celui-ci et l’état du malade.
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Certains donnent au malade de l’eau sur laquelle une récitation a été faite, puis récitent : « Et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson purifiante (21) » [L’Homme : 21].