91 - ‘Abd al-‘Azīz ibn Mu‘āwiya al-Qurashī m’a rapporté ce récit, que lui avait rapporté Abū ‘Umar al-Darīr, d’après Hammād ibn Salama, d’après Dāwūd ibn Abī Hind, d’après Simāk ibn Harb, d’après Jarīr ibn ‘Abd Allāh :
« Je marchais dans une rue de Tustar, à l’époque de sa conquête, lorsque je prononçai ces mots : “Il n’est de force ni de puissance que par Allah.” Un de ⦗84⦘ ces prêtres mazdéens m’entendit et me dit : “Je n’ai entendu personne prononcer ces paroles depuis que je les ai entendues venir du ciel.” Je lui demandai : “Comment cela ?” Il répondit :
“J’avais coutume de me rendre auprès des souverains, notamment Chosroès et César. Une année, alors que je m’étais rendu auprès de Chosroès, un démon prit mon apparence et me remplaça auprès des miens. À mon retour, ma famille ne manifesta pas la joie avec laquelle on accueille un proche absent. Je leur demandai : ‘Que vous arrive-t-il ?’ Ils répondirent : ‘Mais tu n’as pas été absent !’ Je demandai : ‘Comment cela ?’
Le démon se montra alors à moi et me dit : ‘Choisis : un jour auprès de ta femme pour toi, un jour pour moi ; sinon, je te ferai périr.’ J’acceptai donc que nous ayons chacun notre jour.
Un jour, il vint me dire : ‘Je suis de ceux qui écoutent furtivement les paroles du ciel. Nous nous en chargeons à tour de rôle, et cette nuit, c’est mon tour. Veux-tu venir avec nous ?’ Je répondis : ‘Oui.’ Le soir venu, il revint et me porta sur son dos. Il avait une crinière semblable à celle d’un porc. Il me dit : ‘Agrippe-toi bien : tu vas voir des choses terrifiantes. Ne te sépare pas de moi, sinon tu périras.’
Ils s’élevèrent alors jusqu’à toucher le ciel. J’entendis une voix dire : ‘Il n’est de force ni de puissance que par Allah. Ce qu’Allah veut advient ; ce qu’Il ne veut pas n’advient pas.’ Ils furent alors renversés et tombèrent par-delà les profondeurs, dans des fourrés et parmi les arbres.
J’avais retenu ces paroles. Au matin, je regagnai les miens. Chaque fois ⦗85⦘ qu’il venait, je les prononçais ; il était alors pris de soubresauts et finissait par s’enfuir par une lucarne de la maison. Je continuai à les prononcer jusqu’à ce qu’il cessât de venir.” »