Al-HawatifIbn Abi al-Dunya

64 - Al-Hasan ibn Abī Maryam m’a rapporté, d’après Shu‘ba ibn Abī al-Rawhā’ al-Hammāl, qui a dit :

« Je quittai Kūfa pour me rendre à al-Mughītha, à quelque soixante ans. La route était alors dangereuse. J’arrivai à ⦗64⦘ al-‘Udhayb, dont les habitants me demandèrent : “Où vas-tu ?” Je répondis : “À al-Mughītha.” Ils me dirent : “Depuis trois jours, personne n’est passé chez nous, ni dans un sens ni dans l’autre. Nous craignons pour toi, car voici la nuit qui approche.” Je répondis : “Non, je ne peux faire autrement que poursuivre ma route.”

Je quittai donc al-‘Udhayb au coucher du soleil et parcourus plusieurs milles. La nuit me surprit alors que je chevauchais un jeune chameau qui m’appartenait. Tandis que j’avançais ainsi, j’aperçus une silhouette qui venait vers moi et j’en éprouvai de la crainte. Puis je m’approchai et l’entendis réciter le Coran. Je le saluai ; il me rendit mon salut et me demanda : “Qu’est-ce qui te pousse à voyager seul ?” Je répondis : “La recherche du bien.” Il dit : “Si tu recherches le bien, voilà qui est bien.”

Je lui demandai : “Qui es-tu, qu’Allah te fasse miséricorde ?” Il répondit : “Je suis venu d’al-Missīsa pour me rendre à Bassora, puis, de Bassora, j’ai pris cette direction.” Il me dit ensuite : “Je vois que tu as eu peur.” Je répondis : “Oui.” Il reprit : “Ne veux-tu pas que je t’indique un secret ? Si tu prononces ces paroles, tu retrouveras la sérénité lorsque tu seras saisi d’effroi, tu retrouveras ton chemin lorsque tu te seras égaré et tu trouveras le sommeil lorsque tu souffriras d’insomnie.” Je répondis : “Si, enseigne-les-moi, qu’Allah te fasse miséricorde.”

Il dit : “Dis : ‘Au nom d’Allah, détenteur de la grandeur, dont la preuve est éclatante et l’autorité puissante. Chaque jour, Il accomplit une œuvre. Il n’est de force ni de puissance qu’en Allah.’” Il ne cessa de répéter ces paroles jusqu’à ce que je les eusse mémorisées.

Puis il s’écarta un peu du chemin, comme pour uriner ou satisfaire un besoin naturel. Il écarta largement les jambes, comme le fait un chameau, et urina. Je regardai, mais ne vis rien. Je fus alors saisi d’un profond effroi, après avoir trouvé du réconfort en sa compagnie. ⦗65⦘ Puis je me rappelai les paroles et les prononçai. Je retrouvai un peu de sérénité et repris mes esprits. »

٦٤ - حَدَّثَنِي الْحَسَنُ بْنُ أَبِي مَرْيَمَ، عَنْ شُعْبَةَ بْنِ أَبِي الرَّوْحَاءِ الْحَمَّالِ، قَالَ: «خَرَجْتُ مِنَ الْكُوفَةِ وَأَنَا أُرِيدُ الْمُغِيثَةَ فِي نَحْوٍ مِنْ سِتِّينَ سَنَةً قَالَ: وَكَانَ الطَّرِيقُ إِذْ ذَاكَ مَخُوفًا فَأَتَيْتُ ⦗٦٤⦘ الْعُذَيْبَ فَقَالَ أَهْلُهُ: أَيْنَ تُرِيدُ؟ قُلْتُ: الْمُغِيثَةَ قَالُوا: إِنَّهُ لَمْ يَمُرَّ بِنَا مُنْذُ ثَلَاثَةِ أَيَّامٍ أَحَدٌ يَذْهَبُ وَلَا يَجِيءُ، وَإِنَّا نَخَافُ عَلَيْكَ، فَهَذَا اللَّيْلُ قَدْ أَقْبَلَ، قَالَ: قُلْتُ: لَا، لَا أَجِدُ بُدًّا مِنَ الْمُضِيِّ قَالَ: فَخَرَجْتُ مِنَ الْعُذَيْبِ قَالَ: وَذَلِكَ عِنْدَ الْمَغْرِبِ فَسِرْتُ أَمْيَالًا قَالَ: وَجَاءَ عَلَيَّ اللَّيْلُ وَأَنَا عَلَى قَعُودٍ لِي، فَبَيْنَا أَنَا كَذَلِكُ إِذَا أَنَا بِشَخْصٍ يُرِيدُنِي، فَاسْتَوْحَشْتُ مِنْهُ ثُمَّ دَنَوْتُ فَسَمِعْتُهُ يَقْرَأُ الْقُرْآنَ، قَالَ: فَسَلَّمْتُ فَرَدَّ عَلَيَّ وَقَالَ: مَا يَحْمِلُكُ عَلَى التَّوَحُّدِ؟ قُلْتُ: طَلَبُ الْخَيْرِ قَالَ: إِنْ طَلَبْتَ الْخَيْرَ فَخَيْرٌ. قَالَ: مَنْ أَنْتَ رَحِمَكَ اللَّهُ؟ قَالَ: أَقْبَلْتُ مِنَ الْمِصِّيصَةِ وَأَنَا أُرِيدُ الْبَصْرَةَ ثُمَّ هَذَا وَجْهِي مِنَ الْبَصْرَةِ، ثُمَّ قَالَ لِي: أَرَاكَ ذُعِرْتَ قَالَ: قُلْتُ: أَجَلْ قَالَ: أَفَلَا أَدُلُّكَ عَلَى سِرٍّ إِذَا أَنْتَ قُلْتَهُ أَنِسْتَ إِذَا اسْتَوْحَشْتَ، وَاهْتَدَيْتَ بِهِ إِذَا ضَلَلْتَ، وَنِمْتَ إِذَا أَرِقْتَ؟ قَالَ: إِي فَعَلِّمْنِي رَحِمَكَ اللَّهُ. قَالَ: قُلْ: بِسْمِ اللَّهِ ذِي الشَّأْنِ، عَظِيمِ الْبُرْهَانِ شَدِيدِ السُّلْطَانِ، كُلَّ يَوْمٍ هُوَ فِي شَأْنٍ لَا حَوْلَ وَلَا قُوَّةَ إِلَّا بِاللَّهِ، فَلَمْ يَزَلْ يُرَدِّدُهُنَّ حَتَّى حَفِظْتُهُنَّ قَالَ: ثُمَّ عَدَلَ شَيْئًا عَنِ الطَّرِيقِ كَأَنَّهُ يَبُولُ أَوْ يَقْضِي حَاجَةً وَتَفَاجَّ تَفَاجَّ الْجَمَلِ فَبَالَ، فَذَهَبْتُ أَنْظُرُ فَلَمْ أَرَ شَيْئًا، قَالَ: فَاسْتَوْحَشْتُ وَحْشَةً شَدِيدَةً بَعْدَ مَا كُنْتِ قَدْ أَنِسْتُ بِهِ، ⦗٦٥⦘ قَالَ: ثُمَّ ذَكَرْتُ الْكَلِمَاتِ فَقُلْتُهُنَّ قَالَ: فَأَنِسْتُ قَلِيلًا وَرَجَعَتْ إِلَيَّ نَفْسِي»

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